Ma locataire : l’anxiété

woman in bed anxious

Elle est débarquée un bon matin. Je me suis levée et ses valises traînaient dans le salon. Elle s’était étalée de tout son long sur le divan. Je ne la connaissais pas et je me suis tuée à lui demander qui elle était, en vain. Elle restait muette et me scrutait de son regard perçant. Si perçant que mon cœur s’est mis à battre plus vite et que ma tête s’est mise à bourdonner.

Quand je lui ai demandé de partir, elle est restée immobile, le visage impassible. J’ai eu peur. J’ai craint qu’elle s’installe pour de bon. Que je ne sois plus jamais chez moi dans ma propre maison.

Sa simple présence modifiait toute mon existence. Je craignais de la retrouver chez moi chaque soir. Je craignais qu’elle ne défasse ses valises pour de bon et qu’elle étende ses vêtements dans toutes les pièces pour y faire son territoire. Je craignais que l’odeur âcre de son parfum s’accroche à mes cheveux et me suive partout.

Et ma tête continuait de bourdonner.

J’ai perdu les pédales. J’ai crié pour qu’elle parte. J’ai mis ses valises dehors. Mais elle est restée de marbre. Mais elle est restée là.

J’ai tenté de dormir pour la fuir mais elle faisait tellement de bruit qu’il m’était impossible de fermer l’oeil. Je me suis saoulée pour l’oublier mais les lendemains de veille rendaient sa présence encore plus agressante. J’ai nié son existence. Mais rien ne semblait l’ébranler et chacune de mes tentatives de lui échapper semblait la rendre plus forte.

Elle était en train de me rendre folle. Je n’avais plus d’emprise sur ma vie. Elle la possédait et en faisait ce que bon lui semblait, réduisant mes aspirations et mes rêves à néant jusqu’au plus petit.

Le cœur vide, la tête qui grésillait, j’avais perdu le contrôle. J’ai tout abandonné, j’ai touché le fond. J’ai abdiqué, vaincue et j’ai levé le drapeau blanc.

J’ai compris qu’elle me ne quitterait pas. Que l’ombre qu’elle projetait sur ma vie ne disparaitrait jamais complètement. Mais qu’à défaut de pouvoir m’en débarrasser pour de bon, j’avais le choix de la fuir et de me terrer dans ma chambre ou de saisir la lumière du soleil dont les rayons brillaient autour de sa sombre silhouette.

J’ai accepté sa noirceur mais j’ai choisi la lumière. J’ai choisi d’accepter sa présence même si elle laissait parfois un trou béant dans mon cœur en m’accrochant aux moments heureux.

Je l’ai apprivoisée.

À présent, j’entends ses pas feutrés s’approcher. Je me prépare à sa présence. Je parviens à lui interdire d’entrer dans ma chambre, je l’oblige à se limiter à la cuisine, je lui demande de patienter dans le salon. Elle est là mais je n’accepte plus qu’elle prenne toute la place.

Je n’en ferai jamais une alliée mais je refuse d’en faire une ennemie.

Parce qu’elle fait partie de ma vie. Parce qu’elle fait partie de moi.

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