À toi qui renonces à la pension alimentaire

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Depuis que tu es séparée, tu en assumes beaucoup toute seule. Tu jongles avec ta vie de monomom comme une vraie pro entre la garderie, l’école, l’épicerie, la job pis les cours de karaté. La charge mentale, tu la gères parfaitement. Mais financièrement, je te prédis que tu vas frapper un mur. Par compassion, par culpabilité, par fierté ou bien par peur, tu as choisi de renoncer à la pension alimentaire pour tes petits. Pis t’as fait une erreur.

Je comprends l’enjeu : tu te dis que tu préfères ne rien demander pour préserver la fragile entente que tu as avec le père de tes enfants. Tu te dis que ça va être plus facile de gérer le manque de fonds au quotidien que de gérer des allusions régulières sur le fait que «tu te fais vivre par lui». Et de toute manière, il t’a dit que tu n’aurais pas une maudite cenne de lui. Ça fait que tu as renoncé au chèque pour ne pas être ingrate et pour ne pas être «l’ex folle qui va le laver». Tu as choisi de te contenter de ce qu’il acceptera de te donner. Le problème, c’est que tu ne sauras jamais le montant qu’il va t’apporter le mois prochain. Tu vas baser ton budget sur du hasard et bien souvent, le hasard sera égal à zéro.

Tu ne trouves pas que le hasard, t’en as assez comme ça à ta charge?

Si tu faisais un bon salaire et que tout se passait bien avec ton ex, je comprendrais ta décision. Mais la vérité, c’est que ce n’est pas ton cas à toi. La vérité, c’est que toi, tu t’appauvris pour donner ce qu’il faut à vos enfants pendant que ton ex s’enrichit. La vérité, c’est que pendant qu’il paie ses dettes, toi, tu t’endettes. La vérité, c’est qu’il invite sa nouvelle blonde au restaurant pendant que toi, tu épluches les circulaires pour faire ton menu de la semaine. La vérité, c’est qu’il a pigé dans sa banque de congés maladie pour allonger sa fin de semaine à New-York pendant que toi, tu épuisais la tienne à cause d’une autre gastro. La vérité, c’est qu’il va acheter une maison avec sa blonde alors que toi, tu vas continuer d’élever ta marmaille dans un cinq et demi trop petit pour vous.

Lorsque ce sera toi qui mettras un genou à terre après un malheur que tu n’auras pas vu venir, ton ex t’apportera-t-il un soutien le temps que tu te relèves et que tu stabilises ta vie? Te sera-t-il reconnaissant pour avoir renoncé pendant plusieurs années à la pension alimentaire à laquelle tes enfants avaient droit? Se dira-t-il qu’il t’a donné des peanuts alors que c’est normal qu’il te vienne en aide? Ou bien va-t-il t’offrir de prendre les enfants en autant que les allocations familiales soient ajustées en conséquence?

Tu as assuré ta tranquillité d’esprit en libérant ton ex conjoint de ses responsabilités financières. En faisant ça, tu as accepté une situation injuste qui te pèsera sur les épaules tôt ou tard. Je ne te dis pas d’aller te venger. Je ne te dis pas de faire en sorte que ce soit lui qui soit étouffé par la misère. Je te dis de penser à long terme. Ce n’est pas normal que tu assumes un pareil déséquilibre.

Au-delà du temps de garde de chacun, aucun père et aucune mère ne peut choisir d’assurer ou non le bien-être de ses enfants. Tu ne t’es pas donné ce choix, hein? Alors pourquoi tu le lui donnes?

Les principes, c’est ben beau, mais ça ne remplit pas le ventre de tes enfants.

Annick Boulay
ANNICK BOULAY

4 thoughts on “À toi qui renonces à la pension alimentaire

  1. Mirabelle Répondre

    C’est vrai. C’est fou mais je préfère en arracher tous les mois pendant que monsieur se paye 2 semaines à Cuba plutôt que de subir les reproches et l’animosité. Pour ne pas dire les insultes. C’est plate mais c’est la vie. J’ai choisi la paix, on pourrait voir ça comme ça.

    1. Nathalie Répondre

      J’ai fait le même choix il y a 30 ans. Je voulais préserver la belle relation que nous avions le père de mes enfants et moi. J’ai acheté la paix, sous prétexte que c’était pour l’amour de nos enfants. Et puis même si c’était difficile financièrement, nous étions heureuses toutes les trois, dans la simplicité. Mes enfants ont toujours mangé à leur faim, mais il n’y avait pas de superflu chez nous. Pas même une voiture pour pouvoir profiter un peu de l’extérieur de la ville. Alors nous avons fait des picnics dans tous les parcs de Montréal, avons joué au camping dans le salon, visité le Jardin Botanique des dizaines de fois, pris des marches dans notre quartier. Maintenant adultes, mes filles me disent qu’elles ont eu une belle enfance… malgré tout. Cependant, bien des années plus tard, je réalise qu’il n’y aucune raison pour qu’un des parents profite à fond de la vie (voyage, chalet, restaurants, spectacles…) comme ce fut le cas avec mon ex-conjoint, alors que l ‘autre peine à joindre les deux bouts et doive tenir un compte serré de tout !!! Tenir un budget, ça, c’est sûr, je l’ai appris très vite. Mais j’aurais pu l’apprendre autrement. Alors, à toutes les mamans qui hésitent à demander une pension alimentaire au papa, allez-y: vos enfants n’ont pas à souffrir de vos choix. On veut le bonheur et l’épanouissement de nos petits, et ça passe aussi par un juste partage des multiples frais qu’occasionnent la vie avec eux. Ces enfants, ils ont bien été faits à deux, non?

  2. Marylou Leblanc Répondre

    Ce qui importe de comprendre fondamentalement c’est que la pension alimentaire n’est pas un droit à la monomom msis c’est un droit de l’enfant. Ne pas faire la demande, c’est brimer les droits de son enfant.

  3. Francois Répondre

    Bravo Annick pour ce billet plein de bon sens. Trop de femmes sacrifient leur bien-être et, comme le souligne Marylou plus haut, celui de leurs enfants sur l’hôtel des « bonnes relations ». Il faut briser ce tabou de l’argent chez les femmes.

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