Ta grossesse : ton sacrifice pour donner la vie

pregnant woman sick

Tu es de celles qui ont toujours voulu des enfants.

Puis, un jour, le petit miracle s’est produit en toi : tu étais enfin enceinte.

Un enfant voulu, attendu, déjà aimé.

Mais dans cette belle histoire, il y avait un « mais ». Un MAIS en lettres majuscules : ta grossesse.

Cette grossesse qui ne ressemblait en rien à celle qu’on décrit dans les livres, la belle grossesse où tout semble parfait dans le meilleur des mondes et où la maman nage dans le bonheur et la plénitude du début à la fin.

Non.

Ta grossesse à toi ressemblait plus à un sacrifice. Un sacrifice pour donner la vie.

Parce que tu as l’impression d’y avoir sacrifié beaucoup de choses, d’y avoir sacrifié une partie de toi et de ta vie. Parce que tu ne t’attendais pas à ce que ce soit si difficile par moments, porter un enfant en toi.

Parce que tu t’étais promis de profiter de chaque instant de cette grossesse au maximum, mais que tu n’y arrivais clairement pas.

Tu y as tout d’abord sacrifié une partie de ta santé, dès les premières semaines. Où était donc passée toute la belle énergie qui t’habitait d’habitude? L’avais-tu flushée aux toilettes au cours d’une des vingt-huit fois où tu étais allée faire pipi pendant la journée? Et ces maux de cœur incessants qui t’affligeaient vingt-quatre heures par jour te donnaient l’impression que tu ne passerais jamais à travers les trente-deux semaines qui te restaient encore à parcourir avant le grand jour. Tu maudissais profondément la personne qui avait déclaré que la femme enceinte était plus rayonnante que jamais. Parce que toi, tu ne rayonnais pas ma chère : tu étais plus du type « glow-in-the-dark » tellement ton teint était de la même couleur que le vomi que tu projetais au fond du bol de toilettes tous les matins de ta vie. Pis c’est sans compter tes brûlements d’estomac qui te donnaient l’impression d’avoir un feu de foyer dans l’œsophage pis le diabète de grossesse qui t’empêchait peut-être de te bourrer la face comme tu le voulais.

Ton humeur avait été sacrifiée quelque peu aussi depuis le début de ta grossesse. En fait, elle avait carrément été passée au blender. Ta patience avait sacré son camp vraiment loin et ton chum était sur le point de passer une petite annonce afin de la retrouver tellement t’étais pas endurable. Tu chialais non-stop. Ta joie de vivre légendaire était tombée sur le chômage pis avait été remplacée par un maraboutisme aigu  qui faisait que tout te tombait sur les nerfs, tout le temps. Pis tu braillais pour tout pis rien. Surtout pour rien.

Pis il y avait le sacrifice de ton corps aussi. Tu ne t’attendais jamais à autant de changements en si peu de temps, et tu redoutais fortement l’après-grossesse. Retrouverais-tu ton corps d’antan?  Euh, non. Même si un jour tu perdais les soixante livres accumulées au cours de ta grossesse, ce ne serait plus le corps  de ta prime jeunesse. Tes seins ne pointeraient plus vers le haut et tes fesses ne seraient plus aussi rebondies. Sans compter les vergetures plein ton ventre et les marques d’acné de grossesse dans ton dos. Écoute, c’est pas difficile à comprendre : quand tu as déjà été une baleine, c’est un peu plus difficile de redevenir une sirène. C’est de même.

Et par-dessus tout, tu as eu l’impression d’avoir sacrifié ta paix d’esprit en tombant enceinte. Tu avais peur de faire une fausse couche : tu vérifiais d’ailleurs le fond de tes bobettes chaque fois que tu allais aux toilettes avec la peur d’y trouver du sang. Tu avais peur que ton enfant ne se développe pas normalement dans ton ventre parce que tu avais mangé un aliment interdit. Tu avais peur que ton placenta ne soit pas placé comme il faut, que le bébé ait le cordon autour du cou, que l’accouchement soit catastrophique. Tu avais peur de tout, tout le temps.

En fait, tu as sacrifié ta vie telle qu’elle était avant. Afin de fabriquer un autre être humain.

Et puis, un beau matin, tu as donné naissance à cet enfant qui grandissait en toi depuis tout ce temps. Tu as enfin pu admirer le visage tout plissé de l’amour de ta vie.

Et tu as tout oublié.

Les malaises. Les vomissements. Le mal-être qui t’habitait parfois.

Tout a fait place à l’amour.

Et tu as compris : ce sacrifice, c’était en fait un privilège. Le privilège de donner la vie, le privilège de vivre un amour plus grand que tout.

Et malgré tout ce que tu avais vécu, tu te sentais déjà prête à recommencer, une autre fois.

Audrey Roy
AUDREY ROY

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