Je suis triste, malheureuse de t’avoir fourni ce corps de femme qui aurait dû naître homme

little kid crying

Viens jouer dehors, sors de ta chambre, sors de ta coquille, sors de ta peau.

Mon trésor, mon ange, mon enfant, je sais, tu penses que je ne te comprends pas. Tu sais, je pense que tu ne me comprends pas non plus. Tu es si triste, si malheureux dans ce corps que tu hais. Je les ai vues les blessures que tu lui infliges. Je suis triste, malheureuse de t’avoir fourni ce corps de femme qui aurait dû naître homme.  Triste? Malheureuse? De bien faibles mots.

Mon coeur s’arrête, l’air n’entre plus dans mes poumons et le sang qui circule dans mes veines me semble coagulé. Dans ma tête j’entends, outre un bourdonnement sourd, ta petite voix d’enfant qui crie mon nom…  »Maman »…  Si seulement je pouvais sortir de ma peau, entrer dans la tienne et venir à ton secours. Mais, impuissante, tout ce que je trouve à faire est de t’implorer de sortir.

Sors de ta chambre, viens avec moi, on fera comme si tu étais encore tout petit, quand tout était plus facile, quand le moindre bobo se soignait d’un simple bécot. Comme quand tu étais heureux avec tes lulus en bobettes de Spiderman, quand tu pensais que ce qui manquait à ton corps allait pousser en même temps que tes pieds. Quand je te pelletais des nuages pour t’en faire un terrain de jeux.

Sors de ta coquille, viens avec moi, tu es grand maintenant, mais mes bras peuvent encore t’encercler. Ta tête sur mon épaule, vas-y explose, vide ton coeur, je vais encaisser les mots. Ils font mal et traversent ma poitrine car ils parlent de la haine du corps que j’ai vu naître et que moi j’aime tant. Mais je préfère, et de loin, l’idée d’entendre ces mots qui déchirent à celle de revoir ta chair mutilée.

Sors de ta peau, viens avec moi, viens t’allonger dans l’herbe et regarder le ciel. D’Est en Ouest, il change et se renouvelle. Il s’est levé avec le soleil dans une explosion dorée et ira se coucher, enfilant sa plus belle peau, celle aux teintes violacées, mélange de douceur, de bien-être et de certitude qu’il fera beau demain. Viens j’ai des pinceaux, et avec toutes ces couleurs que tu caches dans tes poches, on va te peindre un arc-en-ciel. Tu verras, c’est toi qui auras le plus beau ciel.

Sors de ta chambre, sors de ta coquille, sors de ta peau… Ouvre un peu ta porte, tu verras que l’air est bon. Je serai là à t’attendre, comme toujours car je t’aime. Dans un corps ou un autre, je vais t’enlacer et murmurer à ton oreille : « Mon trésor, mon ange, mon enfant, viens jouer dehors, prends ma main, je te tiens. »

Geneviève Ricard
GENEVIÈVE RICARD

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