À toi, la mère qui ne capote pas avec les microbes

pacifier on the floor

À toi, la mère qui ne capote pas avec les microbes, la mère pas assez aseptisée,

Je sais combien tu te sens jugée. Par ta mère, par ta belle-soeur, par la gardienne, par le CLSC, même par ton chum parfois, tu te sens condamnée. Parce que toi, les microbes, ça te fait pas capoter tant que ça. Toi, un inconnu au centre d’achats qui caresse la joue de ton bébé ou qui lui fait des chatouilles sur le nez, ça te laisse pas mal indifférente. Du moment qu’il ne semble pas sortir tout droit d’un dépotoir ou d’être ben malade, qu’il a juste l’air de la même affaire que toi, c’est-à-dire d’un individu civilisé et propre qui se promène dans un lieu public, ça te fait pas faire de crise de coeur de voir un étranger partager dangereusement ses agents pathogènes avec ton enfant.

Qu’on se comprenne bien, y’a quand même des limites à respecter, ton petit aussi a droit à sa bulle d’intimité, donc pour ta part, tant que l’intrus se tient loin de ses orifices, t’es pas paniquée. T’as confiance que ton jeune va le faire savoir si l’inconnu s’impose trop. Parce que même si ça te titille parfois (souvent…) que ton bébé soit un aimant à étrangers, le petit bonheur que ça semble leur procurer suffit à te faire passer par-dessus ta peur des méchants microbes. T’attends sagement à côté que ça passe, armée de ta lingette humide pour désinfecter bébé ensuite, et tu survis en te disant qu’un jour, quand tu seras plus vieille et que l’époque de ta jeune maternité sera loin derrière toi, tu deviendras peut-être toi-même cet étranger gaga des bébés et border intrusif. Même que tu trouves ça le fun de partager ton poupon, parce que toi ce que tu vois avant tout, ce n’est non pas les terribles risques de transmission de bactéries invisibles à l’oeil nu, mais plutôt des humains qui ont de l’amour à donner.

En fait, pour être ben honnête, même en privé, tu ne suis pas toujours à la lettre les règles d’hygiène et de salubrité. T’es quand même pas négligente, mais ça t’est arrivé de nettoyer la suce de ton bambin dans ta bouche avant de la lui donner et de périlleusement lui donner un jouet tombé par terre sans l’avoir rincé, faute d’avoir un évier à portée. T’as même déjà essuyé un régurgit avec la première débarbouillette qui t’est tombée sous la main et t’es déjà trouvée avec ton nourrisson dans la même pièce qu’une personne qui fumait sous la hotte de poêle. Qu’est-ce que tu veux que je te dise, toi t’as grandi en mangeant des galettes de sable et en te faisant bécoter sur les joues par n’importe quelle connaissance de tes parents que vous croisiez à l’épicerie, et malgré tout, t’es encore en vie et ben en santé. On s’entend que tu laisseras jamais ton petit patauger dans la toilette ou faire des châteaux avec la litière des chats, mais t’as quand même accepté l’idée (scandaleuse…) qu’à moins de l’enfermer dans un sac Ziploc avec du Purel, tu ne pourras jamais avoir un total contrôle sur les germes auxquels il est exposé.

Et rassure-toi, même si on te juge et qu’on te dit que tu vis ben audacieusement, t’es certainement une super bonne maman.

Virginie Parent
VIRGINIE PARENT

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