La revanche de papa : aujourd’hui, j’ai lancé mon cell au bout de mes bras

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Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell de toutes mes forces pour libérer mes mains de cette emprise et te soulever à bout de bras. Je me suis délivré de ces menottes pour mieux tenir la tienne et me suis affranchi de ce boulet. Nous nous sommes évadés, loin de cette cellule mobile aux murs transparents qui nous gave, à notre insu, d’ondes négatives.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell pour te regarder et t’écouter. J’ai observé ce que tu étais et compris ce que tu me disais. J’ai appris sur toi et l’être que tu es. Je t’ai connu mieux. Nous nous sommes connectés l’un à l’autre sans câble et sans routeur.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell et nous avons dansé autour de la fumée qui s’en dégageait. Nous avons envoyé des signaux aux indiens et communiqué avec ceux-ci en n’utilisant que quelques bûches en guise de recharge.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell de ma meilleure balle rapide. Je suis redevenu Dennis Martinez et j’ai habillé ma main nue de la vieille mite croustillante qui dormait sur une étagère oubliée. L’odeur des applications s’est dissipée et j’ai redécouvert celle du vieux cuir usé. J’ai glissé au deuxième but sans me demander sur quelle fesse je devais atterrir afin de ne pas abîmer le dispositif de l’aliénation.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell et j’ai fait face au miroir. J’ai accepté l’image qu’il me projetait, sans filtre, sans trafiquer l’angle. En me regardant droit dans les yeux, je me suis fait confiance tel que je suis et je me suis trouvé beau.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell et je me suis donné du plaisir en utilisant mon imagination; celle qui m’accompagnait constamment autrefois et dont j’abusais à tous moments, sans raison, sans avertissement.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell afin de ne pas  »poster » ma reluisante insignifiance et de ne surtout pas constater celle d’étrangers amis. J’ai mis du temps dans le pertinent, le concret, le réel, le tangible. J’ai mis du temps en toi.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell car tu me l’as demandé. De ta frêle bouche qui maîtrise depuis peu l’agencement des mots, tu m’as réclamé, sans artifice, sans distraction, sans trouble d’inattention. Le poids de ta légitime requête m’a scié les jambes et m’a fait m’agenouiller comme tu le souhaites depuis si longtemps pour que je daigne jouer avec toi.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell pour que se redresse ma tête et que se déplie mon échine. Je suis sorti de ma bulle et j’ai souri à quelques passants. J’ai vu la vie que je prends trop pour acquise.

Aujourd’hui, j’ai lancé mon cell. Je l’ai contemplé se vider de son lithium et s’éteindre lentement, coeur circuit ouvert. Il m’a tendu sa main désarmé espérant que je lui porte secours, mais il n’en fut rien. Je l’ai regardé froidement, sans pitié, pour une dernière fois dans le blanc de l’écran et je l’ai piétiné jouissivement à maintes reprises, rompant à jamais le contrat qui nous liait et le laissant partir avec nos souvenirs.

Michael Melvin
MICHAEL MELVIN

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