À toi, la femme qui a fait plusieurs fausses couches

sad woman crying on bed

On ne se connaît pas, ou si peu. J’ai toutefois l’impression de te connaître intimement. Je sais que tu es passée au travers de quelques fausses couches. Dans un passé pas si lointain, j’ai vécu la même chose que toi.

Lors de ta première fausse couche, tu t’es peut-être réconfortée en te disant que oui, bon, ça arrive. Après tout, une grossesse sur quatre se termine par une fausse couche. Tu as essayé de rationaliser la chose en te disant que c’est peut-être mieux comme ça, l’embryon n’était peut-être pas viable. Et, pleins d’espoir, toi et ton chum vous vous êtes réessayés quelque temps plus tard.

À la deuxième, tu as encore essayé de voir le côté positif des choses, mais elle a frappé durement. Malgré tout, tu as refusé de baisser les bras.

Et un cauchemar s’est mis en branle. Sont arrivées une troisième, une quatrième et une cinquième. À la troisième fausse couche, tu as entamé toute une série de tests pas particulièrement agréables. Tu en as un peu voulu à ton chum, qui lui, a seulement eu droit à une prise de sang et à une éjaculation dans un petit pot. Disons qu’il y a pire que ça dans la vie ! Toi, tu as dû endurer qu’on te farfouille dans l’utérus et tu as l’impression qu’on t’a prélevé des litres de sang.

Lentement la lueur de l’espoir qui t’animait s’est mise à faiblir. Elle n’est pas tout à fait éteinte, mais elle vacille dangereusement. Tu as commencé à avoir des visions de toi dans l’avenir, te berçant toute seule dans une grande maison vide, sans enfant ni petit-enfant pour égayer tes vieux jours. Tu t’es mise à te voir comme un utérus vide, désespérément et obstinément vide. Avec une grande culpabilité, tu t’es mise à détester tes collègues de travail qui tombaient enceintes avec une facilité déconcertante et qui osaient se plaindre de leurs petits maux dérangeants. Tu aurais volontiers assommé la collègue « matante » qui t’a demandé bien fort dans la salle à café : « Pis, c’est pour quand le petit bébé ? » Et tu as ressenti une douleur cruelle quand une autre collègue maladroite t’a demandé ce que tu avais bien pu faire pour provoquer ta énième fausse couche.

Ton couple en a pris un coup. Ton chum, malgré ses bonnes intentions, n’est pas celui qui a vécu personnellement les fausses couches. Il n’a pas souffert physiquement lorsque tu devais expulser les embryons sans vie. Il se sentait plutôt impuissant face à ta détresse.

Vingt fois tu as pensé abandonner. Vingt fois tu as plutôt décidé de poursuivre ta route vers l’inconnu. Ma belle, personne ne sait si ce chemin te mènera à un petit bébé. Je te le souhaite ardemment. Mais peu importe ce que la vie mettra devant toi, dis-toi que tu sauras l’affronter. Tu as le droit d’être découragée, de pester contre cette vie qui t’a refusé ce grand bonheur. Je te souhaite de trouver la paix, peu importe l’issu de ce voyage.

Mélina Morin
MÉLINA MORIN

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