Lettre aux parents des camarades de classe de mon petit bizarre

little boy shout

Chers parents des camarades de classe de mon fils,

Je suis la maman du petit bizarre.

Le petit bizarre qui gesticule et qui semble, parfois, se parler tout seul.

Celui qui entre en contact de façon très maladroite avec les autres. Le petit bizarre pour qui on a installé des pictogrammes un peu partout dans la classe. Le petit bizarre qui fait des crises et qui a le droit de prendre des pauses. Le petit bizarre qui ne veut pas terminer ses travaux, qui dit des gros mots, qui se cache sous les tables, qui pleure beaucoup. Le petit bizarre qui, parfois, en vient à des gestes de violences… et qui est tellement malheureux lorsqu’il fait mal à un ami.

Moi, je suis comme vous.

Je l’ai désiré, mon enfant. Je l’ai porté, envahie par le bonheur.

Il est né, dans la joie et comme tous les bébés, il était parfait. Il a grandi, semblable à ses frères et soeurs sauf que…

Il n’a pas, d’instinct, appris à demander. Il n’a pas, d’instinct, appris à parler, ni à tenir ses ustensiles, ses crayons, ni à se faire des amis. En fait, rien pour lui ne s’apprend d’instinct. 

Il n’est pas maître dans son corps. Pour lui, les visages ont mille expressions, les mots sont assemblés en un non-sens. Tous les bruits, l’intensité de la lumière, les couleurs, les gestes qui sont posés sont sans rime ni raison. Sa peau souffre de se faire effleurer ou n’y comprend rien à la canicule ou au gel.

Mon fils est autiste.

Il n’est pas juste un petit tannant. C’est un enfant un peu perdu, qui ne comprend pas les choses comme tout le monde. J’ai le coeur en miettes parce que mon petit trésor est, en fait, souvent malheureux. Tout est tout le temps trop compliqué. 

Il est fatigué et il n’a que dix ans.

Vous savez, mon petit bizarre est beau aussi. Il est gentil, intelligent et observateur. Il a une mémoire visuelle du tonnerre et comme tous les enfants, il aime s’amuser. Mais même ça, c’est compliqué.

Pour moi, le laisser sortir de la maison, c’est comme de l’envoyer sur Mars, dans le noir. À chaque jour, je me croise les doigts et j’espère que les martiens sont gentils. Soyons des phares pour éclairer le chemin des petits bizarres qui atterrissent sur notre planète parce que pour eux, il fait noir chez nous. J’ai une vision utopique d’un monde parfait où, au mois d’avril, toutes les maisons sont éclairées en bleu. Tout le monde connaît, accepte et respecte les différences et mon enfant, et tous les autres petits bizarres, sont enfin heureux. 

J’ai besoin de vos coeurs, les parents des camarades de classe de mon petit bizarre, ouvrez-les, remplissez-les d’amour et partagez. 

Geneviève Ricard
GENEVIÈVE RICARD

2 thoughts on “Lettre aux parents des camarades de classe de mon petit bizarre

  1. Sophie Répondre

    Ne lâches pas!! Mon grand est TSA et il est à la maternelle. Lui aussi c’edt Le bizarre… pas tous les jours faciles de vivre avec un enfant différent.

  2. Jessica Répondre

    Merci pour ce beau texte..
    Mon fils est autiste lèger, communiquent, et tactile..
    Mais la vie n’est pas facile…
    Plein de courage

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