À toi qui crois que je ne sais pas comment élever mon enfant

angry little boy

Aujourd’hui, je t’écris à toi,

Celle qui croit que je ne sais pas comment élever mon enfant.  Celle qui croit vraiment que mon fils est pas fin, qu’il est mal élevé et qu’il est même méchant.  Celle qui croit qu’il manque simplement d’éducation et d’encadrement.  Celle qui pense que, si c’était le sien, elle ferait beaucoup mieux.  Celle qui croit qu’il ne faudrait à mon garçon qu’un peu plus de conséquences et un peu moins de discussions.  Celle qui n’a aucune compassion pour les mères de petits tannants et qui pense que ses enfants à elle sont donc gentils et calmes uniquement à cause d’elle.  Aujourd’hui, je t’écris à toi, parce que cette mère-là, c’aurait pu être moi.

Parce que, tu vois, avant d’avoir mon garçon pas-fin-méchant-sortez-le-vite-du-groupe-de-mon-enfant, j’ai eu une fille.  Une fille calme, douce, respectueuse des autres, des règles et de tout ce qui bouge (ou pas).  J’ai cette enfant facile, docile et qui ne voudrait en aucun cas contrevenir à quelque consigne que ce soit ou blesser d’aucune façon ceux qui l’entourent, même sans le vouloir.  J’ai cette enfant qui pendant deux ans m’a fait croire que j’étais une mère exceptionnelle et sans faille.  Cette mère qui par son encadrement, sa stimulation, ses conséquences toujours logiques et sa constante cohérence était en mesure d’élever l’enfant quasi-parfait, qui n’a pratiquement jamais de problèmes et qui excelle à l’école.  Évidemment, je ne me trouvais pas complètement parfaite ( je n’ai jamais eu cette prétention ), mais je me trouvais tout de même pas mal bonne, presque convaincue que c’était grâce à moi si ma fille « fittait » autant dans le moule.  Je trouvais moi aussi les petits tannants mal élevés, je me disais moi aussi que ces petits pas fins qui embêtaient ou même blessaient ma fille manquaient simplement d’encadrement, que en-tout-cas-si-c’était-moi-ça-se-passerait-pas-de-même.  Je pensais moi aussi, tellement naïvement, que j’étais grandement, sinon uniquement, responsable des si bons comportements de ma fille.

Puis, heureusement pour moi (et sûrement pour les autres), j’ai eu mon fils.  Ce petit être différent qui allait m’en faire voir de toutes les couleurs.  Ce petit garçon extraordinaire, drôle et tellement sociable, mais dont la vie allait être remplie de défis.  Ce petit garçon qui ne « fitterait » pas, qui brusquerait parfois les autres et qui déborderait constamment d’énergie.  Pourtant, il a été élevé de la même façon que sa grande sœur.  Avec amour, conséquences logiques et constante cohérence.  Il a été triplement encadré et doublement stimulé.  Mais ce petit être m’a fait comprendre que l’amour et l’encadrement ont parfois des limites.  Que, malgré toute notre bonne volonté, notre bienveillance et notre rigidité, malgré tous nos pictogrammes, nos systèmes d’émulation et nos visites hebdomadaires chez les spécialistes, l’enfant demeure souvent le plus grand responsable de lui-même.  Que, même si je le souhaite encore parfois, il m’est impossible d’être son ombre à temps plein.  Qu’il doit faire son bout de chemin de façon autonome et que lui seul, toujours entouré de notre soutien, notre encadrement et notre amour, peut au final décider de ses comportements.  Dans les limites de sa personne, de son stade de développement et de l’environnement dans lequel il évolue.  Je n’ai finalement eu que de la chance d’avoir une première fille au comportement quasi-exemplaire, mais je crois en avoir eu encore plus d’avoir eu un fils comme le mien qui m’a, sans le vouloir heureusement, montré à arrêter de juger.

À toi qui continues de me juger, je n’essaierai plus d’essayer de te convaincre que je fais bien ma job de maman.  Je ne tenterai plus de te convaincre qu’un enfant ne peut jamais être méchant, seulement différent et/ou influencé par l’environnement.  Qu’il y a toujours un contexte à ses actions et ses comportements, qu’on ne connaît souvent que très peu d’un point de vue extérieur.  Et qu’on ne peut donc en aucun cas juger.  Je ne tenterai plus de te faire comprendre mon point de vue parce que j’ai trop souvent l’impression de perdre mon temps, temps que je préfère continuer à utiliser pour veiller à l’éducation de mon garçon.  Par contre, je continuerai toujours à avoir de la compassion et de l’empathie, moi, pour toi dont l’enfant subit parfois les comportements indésirables de mon fils.  Parce que j’ai compris que chaque enfant est différent, avec chacun des forces et des faiblesses.  Que chaque parent fait de son mieux et vit au quotidien des victoires et des défaites.  Et qu’il y a rarement un meilleur côté à une médaille.

Natacha Langlois
NATACHA LANGLOIS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *