Lettre à toi, mon plus vieux

kid with newborn

À toi mon aîné que j’aime plus que tout,

Je voudrais que tu saches que ma première grossesse a été la plus belle surprise que j’ai eue de ma vie. Tu ne le sais pas, mais tu es arrivé à un moment où je ne savais plus trop où ma vie s’en allait. Ton arrivée imprévue dans mon bedon m’a remis sur le droit chemin et tu es rapidement devenu le centre de mon univers. Je te parlais tout le temps; en promenant le chien, en faisant le ménage, en écoutant la télévision. Tu avais même ta chanson. Puis tu es né et après quelques semaines d’ajustement, on a poursuivi sur notre lancée;  on allait promener le chien et prendre des grandes marches dans le parc. Chaque jour, j’étais ébahie par tes exploits, aussi minimes fussent-ils et j’envoyais des photos de façon compulsive à ton papa.

Tu n’avais pas encore tout à fait six mois que j’ai rapidement reconnu les symptômes que j’avais eus il y avait quelques mois à peine : un nouveau petit pois était dans mon bedon. Évidemment, papa et moi étions plus que contents : une deuxième surprise. Rapidement, les gens m’ont avertie; j’allais moins être subjuguée par cette grossesse-ci que par la première puisque je devais m’occuper de toi. Ce que personne ne m’avait dit par contre, et je t’avoue que je n’étais pas prête à ça, c’est comment, malgré ton si petit âge, tu allais passer en deuxième rapidement.

Ma première grossesse été relativement facile. Je me doutais bien que cette deuxième grossesse rapprochée ne le serait pas autant. Mais pas à ce point. Rapidement, je suis devenue fatiguée. Nos promenades sont devenues plus courtes puis plus espacées pour éventuellement s’arrêter totalement. Jouer avec toi est rapidement devenu plus difficile pour moi et a fini par devenir une corvée plus qu’autre chose. Tous les matins, j’allais te porter à la garderie en me disant que j’aurais dû te garder avec moi à la maison; tu ne sauras jamais le nombre de fois où j’ai pleuré dans l’auto parce que je réalisais que tu n’étais plus le centre de mon univers. Que je devais déjà commencer à te partager. Que le petit cocon qu’on avait créé n’existait déjà plus. Que j’aurais voulu arrêter le temps pour te bercer, pour que tu restes mon petit garçon.

Je voudrais que tu saches que même si tu es devenu un grand frère et que tu remplis ton rôle à merveille, tu demeureras toujours mon bébé. Que mon cœur se serre quand je t’entends pleurer parce que je m’occupe de ton frère ou que je te vois jouer seul comme un grand. Que j’envie ton papa de te donner ce dernier biberon avant le dodo. Que même si je n’envoie plus des photos de toi de façon compulsive à papa, je t’observe devenir un grand garçon avec le même amour, avec le même ébahissement.

Je voudrais que tu saches que les quatorze mois que j’ai passés seule avec toi resteront à tout jamais gravés dans mon cœur. Que l’amour que j’ai pour toi est aussi grand qu’avant. Mais surtout, je voudrais que tu saches combien les moments qu’on passe ensemble me sont précieux. Combien j’aime quand tu colles ta tête sur la mienne et que tu me joues dans les cheveux.

C’est toi qui as fait de moi une maman. C’est à travers ton regard que j’ai appris à entrevoir la mère que j’allais devenir. C’est grâce à toi que ma vie a pris un sens. Et je ne t’en remercierai jamais assez.

Édith Deschambault
ÉDITH DESCHAMBAULT

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