Mon bébé, tu ne suffis pas à mon bonheur

sad mother with kid

Mon garçon,

Avant que tu entres dans ma vie, j’étais submergée par les beaux discours disant qu’avoir un enfant donne un sens à la vie et la rend, bien que trop merveilleuse. J’étais convaincue qu’il était impossible d’être malheureuse ou de ressentir un sentiment de manque lorsqu’on aime inconditionnellement une petite reproduction de nous-mêmes. Aujourd’hui, je me rends compte que, bien que tu sois ce que j’ai de plus précieux au monde, que mon cœur tout entier soit dédié à t’aimer, et que ta présence dans ma vie me donne une raison d’avancer et de me lever chaque matin, ça ne suffit pas. Avoir un enfant ne fait pas en sorte que la vie est meilleure, que le soleil se lève assurément du bon côté chaque matin, ni même que ma vie soit enlignée positivement au quart de tour comme je l’aurais souhaité. T’avoir comme enfant, c’est merveilleux, mais ça ne suffit pas à mon bonheur.

Mon amour pour toi, bien qu’il soit inconditionnel, ne peut malheureusement pas remplacer celui que procure le sentiment d’être amoureuse. Au-delà d’être ta maman, je suis aussi une femme qui a besoin d’aimer et d’être aimée. De séduire et de plaire. J’ai besoin d’embrasser une autre joue que la tienne et de me blottir dans des bras adultes pour être  réconfortée à mon tour. À l’occasion, j’ai besoin de me sentir femme au lieu de maman. J’ai besoin de voir d’autres yeux me regarder avec admiration, et de sentir d’autres mains me serrer avec passion. J’ai besoin de vivre une autre catégorie d’amour, une catégorie plus intime que celle que procure le fait d’être ta maman. J’ai besoin d’être aimée différemment, et d’aimer cette fois, conditionnellement.

Être ta maman est probablement le travail le plus exigeant et le plus gratifiant que j’ai pu connaître. J’admire celles qui font ce travail à temps plein. Celles qui le font du matin jusqu’au soir, sans avoir un salaire versé pour ce travail acharné. J’aime m’occuper de ton petit être, te préparer tes plats préférés et garder notre maison bien rangée. Mais au-delà de ça mon amour, j’ai besoin de m’accomplir professionnellement en dehors des quatre murs de la maison. J’ai envie d’avoir une carrière qui me valorise, qui me pousse à me dépasser, à explorer mes compétences et mes connaissances. J’ai envie de rentrer brûlée le soir parce que j’aurai travaillé d’arrache-pied, dans un emploi que j’aime et qui me permet de me sentir bien. J’ai envie d’être une professionnelle le jour et d’être la maman sur qui tu te blottis le soir, tout juste avant de t’endormir.

Les sorties au parc, où l’on passe des heures à glisser et à se balancer sont, quant à elles, des moments de qualité qui me permettent de passer du temps agréable avec toi. Mais ce type de plaisirs ne peut malheureusement pas remplacer une soirée entre amis, à discuter autour d’un bon repas et d’un verre de vin. J’ai aussi besoin de partir, de décrocher et d’entretenir des discussions d’adulte sans être interrompue aux cinq minutes. J’ai besoin de cultiver ma vie sociale, de prendre conscience que j’existe encore en tant qu’amie, en tant que personne à part entière. J’ai besoin de rire de blagues plates que les enfants ne peuvent pas comprendre et d’animer des discussions un peu plus élaborées que le dénouement du sauvetage de Chase et de Marcus dans la Pat’Patrouille. J’ai besoin de vivre à l’extérieur du cocon familial et d’oublier, l’espace d’une soirée, qu’il existe une routine, des devoirs, du ménage, des courses et d’autres tâches plus ou moins palpitantes qui m’attendront dans les jours à venir.

Tout ça pour dire mon amour, que tu ne dois jamais douter qu’être ta maman est la plus belle chose qui me soit arrivée. Mais, même si depuis ta naissance, mes obligations de mère sont prioritaires, j’ai besoin de lâcher prise. J’ai besoin d’être une femme, une blonde, une professionnelle et une amie.

Et sache mon amour, que même si maman peut sembler gérer le chaos mieux que quiconque, j’ai sur mes épaules la responsabilité de te mener vers le bonheur. Et ce bonheur mon coeur, il commence avant tout en étant une maman heureuse et accomplie.

 

Catherine Vignola
CATHERINE VIGNOLA

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