À toi, la maman qui craque

woman crying in bed

À toi, la maman qui craque,

Celle qui court chercher les enfants à la garderie. Celle qui prévoit les repas et les sorties éducatives. Celle qui essuie les larmes et panse les blessures. Celle qui conjugue travail, vie amoureuse et vie de famille. Je voulais te dire que tu as le droit de craquer.

Tu as le droit de pleurer doucement ou à torrents, avec ou sans raison. Parce que tu n’as pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures. Parce que tu t’en veux de t’être emportée contre ton aîné. Parce que tu t’en veux d’avoir couché les enfants plus tôt, à bout de souffle. Parce que tu rêves de quelques minutes de solitude tout en sachant qu’il t’est impossible de les obtenir. Parce que ton chum ne te comprend pas. Parce que tes enfants grandissent trop vite. Parce qu’il te semble que rien n’a été aujourd’hui.

Tu as le droit de pleurer jusqu’à ce que tu épuises ta réserve de larmes et que tu sombres dans le sommeil dans la pénombre de ta chambre. Demain, les compteurs seront remis à zéro et tu pourras coucher la suite de ton histoire sur une page blanche. Choisis bien tes mots et fais-en une histoire merveilleuse jusqu’à la prochaine crise de larmes.

Tu as le droit de te retirer et de laisser la colère t’envahir. Parce que les enfants se cherchent et se trouvent sans cesse depuis que le soleil est levé. Parce qu’il n’y a plus de lait. Parce que personne n’a changé le rouleau de papier de toilette. Parce que l’autoroute s’est transformée en stationnement. Parce que ton chum n’a pas fait la vaisselle. Parce qu’il veut faire l’amour et qu’il ne comprend pas que tu es complètement exténuée. Parce qu’il te semble que tout a été de travers aujourd’hui.

Tu as le droit de laisser gronder ta colère sans plus tâcher de la retenir. Tu as le droit de serrer les poings, la mâchoire et de voir noir, l’espace d’un instant. Tu as le droit de crier dans ton oreiller.  Tu as le droit de cesser de chercher à comprendre d’où vient toute cette fureur qui t’envahit et de la laisser couler, loin de ceux que tu aimes, pour mieux reprendre le contrôle de ta vie. Demain, les battements de ton cœur auront retrouvé leur quiétude et tu verras à nouveau la vie avec les yeux de celle pour qui la vie est plus souvent un cadeau qu’un fardeau jusqu’à ton prochain excès de colère.

Tu as le droit d’avoir peur. Parce que tu n’es jamais certaine de faire ce qu’il faut avec tes p’tits. Parce que tu crains de ne pas joindre les deux bouts à la fin du mois. Parce que ton plus vieux fait de la fièvre. Parce que l’amour entre toi et ton homme n’est plus ce qu’il a déjà été. Parce que la vie va trop vite et que tu redoutes parfois le jour où tu regretteras de ne pas avoir poursuivi tes rêves. Parce que la maladie et la violence frappent tellement de gens que tu peines à croire que ta famille pourrait être épargnée.

Tu as le droit de rester éveillée jusqu’aux petites heures du matin, la peur au ventre, à te passer tous les scénarios de terreur que seule une mère peut se figurer. Mais lorsque tu fermeras finalement les yeux pour les rouvrir quelques heures plus tard, tu réaliseras que tu ne veux pas vivre dans l’irrationalité et la crainte du pire et tu choisiras de profiter de toutes les secondes de bonheur que la vie t’apporte jusqu’à ta prochaine crise d’angoisse.

La vie ne peut pas toujours être un fleuve tranquille et heureux. À toi, la maman qui craque, apprends à accepter qu’il sort parfois de son lit mais sois confiante qu’il regagnera son nid.

Craque, ma belle maman. Fais-le sans honte. Fais-le sans retenue. Ne cherche pas à devenir ce modèle de perfection qui ne fléchit jamais.

Demain, ça ira mieux.

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