À toi, mon enfant en garde partagée

little girl walk away with father

Mon bébé,

Je veux que tu saches que j’aurais aimé te donner cette chance inouïe de vivre dans une famille unie, de te sentir en harmonie comme sur le portrait de ton enfance qui décore l’entrée de ta maison préférée. Celle où tu es née. Celle où tu as grandi.

Jamais tu n’as imaginé qu’on puisse séparer un papa et une maman. Ils sont ensemble partout, dans la télé, dans ton cœur, dans la famille de tes amis, sur tes photos, dans tes souvenirs, devant ce sapin de Noël et derrière ce gâteau d’anniversaire. Pour toi les paires vont toujours bien ensemble comme Chase et Marcus de la Pat’Patrouille, Toupie et Binou, Dora et Diego, ta paire d’espadrilles qui court vite et tes manettes de jeux vidéo. Une paire, c’est un tout. Quand on perd une chaussette, on ne peut plus les porter. On a beau la chercher, maman dit quelquefois que la laveuse l’a volée et que c’est un mystère. Quand on perd une famille, on ne peut plus la reformer. Maman dit parfois que la vie est compliquée.

J’aurais aimé t’offrir une chance unique d’avoir confiance en l’amour éternel comme dans tes films de princesse. Même les pouvoirs de tes superhéros ne pourront pas recoller les morceaux.  Bien que plusieurs diront qu’on aurait pu réparer notre amour comme je répare ta doudou, je sais très bien qu’il manquait trop de morceaux au casse-tête.

J’aurais voulu que tu ne te sentes pas séparée comme tes parents, ton petit cœur suspendu entre deux maisons, deux routines, deux petits lits, deux familles, deux parents, deux visions de ta vie. C’est injuste de devoir alterner sa vie entre sa maman et son papa. C’est injuste de se priver de ta paire préférée parce que l’amour les a quittés. C’est difficile de devoir te quitter si souvent. C’est impensable. C’était improbable. Un enfant devrait toujours pouvoir voir ses parents. Comment fait-on pour lui apprendre à quitter si tôt et si souvent. Je sais bien que certains papas et certaines mamans sont au ciel, mais ils n’ont pas choisi de quitter. Se séparer est un choix. Parfois un des deux parents le met de l’avant, mais c’est toujours la fin d’une suite d’événements et de bouleversements.

Faire le deuil d’un amour qui t’a donné un enfant, c’est déjà géant. Faire le deuil de ne plus te voir la moitié du temps, c’est le néant. Comment fais-tu pour être aussi patiente quand tu as envie de voir l’autre parent? Comment trouves-tu le bonheur à vivre ainsi sans avoir peur. Je t’admire tellement. Tu prends le meilleur des deux mondes. Tu donnes le meilleur de toi-même. Je pense finalement qu’on en fait tous un peu plus pour se pardonner ce manque de repères, cette paire égarée.

Quand je te vois déçue de ne pas voir ton petit chien ce soir. Quand tu voudrais aller jouer avec la voisine chez papa. Au moment où tu voudrais voir ta maman, car tu as envie de te faire consoler. Quand tu t’ennuies des enfants de la blonde de papa ou de tes soirées cinéma chez maman. Tu développes une grande qualité mon enfant : la patience. Tu vis au moment présent et tu anticipes avec joie les retrouvailles. Tu patientes encore quelques jours, puis tu retrouves toujours ce que tu as quitté.

L’amour qui a uni ta paire préférée n’était peut-être pas éternel, mais il nous a offert, à ton père et moi, le plus beau cadeau qui soit :  la chance de te donner la vie.

Et n’en doute jamais mon trésor, notre amour pour toi sera éternel.

 

Natacha Lahaie
NATACHA LAHAIE

5 thoughts on “À toi, mon enfant en garde partagée

  1. Annie Pereon Répondre

    Wow très beau texte et tellement véridique. J’ai la chance d’avoir une belle relation avec le papa malgré notre séparation et ça fait toute la différence pour les enfants.

  2. Will Répondre

    Tu pleures en regardant l’heure. Tu sais qu’il va bientôt partir pour une semaine. Tu sais que c’est pas de sa faute d’être content de retrouver sa maman, mais tu lui en veux un peu (pas vraiment mais un peu quand même).
    Tu pleures parce que tu n’as pas voulu un enfant pour en profiter, jouer avec lui, le voir grandir 50% du temps. Et même si c’est du temps que tu espères vivre à 100%, tu réalises rapidement que ton gosse, tu n’en profites jamais comme tu voudrais. Parce que tu bosses, parce que ses devoirs, parce que son sport, parce qu »‘il est tard va te coucher », parce que j’ai pas le temps je dois faire les courses/le ménage/la lessive, parce qu’on va chez Mamy etc… Parce que la vie, ordinaire avec ton train-train quotidien ne s’arrête pas pendant ces 50%.
    Tu pleures parce que ces fichus autres 50% de quotidien te manqueront toute sa vie et que le petit bout, tout patient et plein d’amour de n’avoir rien demandé, il est plus fort que toi finalement.

    1. Ane Répondre

      Tres beau et tres vrai aussi

  3. Marco Répondre

    Joli texte et tellement vrai ! Ça fait plaisir de se sentir moins seul et de savoir que chacun, dans son histoire, ressent le même vide…

  4. Mathy. Répondre

    l enfant doit subir, il a rien demandé lui ….j ai si mal de voir mon petit-fils comme une balle de ping -pong en plus le monde moderne des familles recomposéeou l enfant a peur du beau -pere ou l enfant se tait souvent trop souvent peur d etre grondé peur de deplaire peur de faire de la peine a sa mere , etre obligé de suivre ds les sorties oblige d allé a des diner qui n en finissent pas chez les copains de l ami de maman trouvez vous que dans de telles conditions l enfant profite du temps avec sa mere ???? et l enfant se tait et l enfant patiente ….. et l enfant a le coeur gros …..et moi mamy j en suis malade triste tres tres triste pour ce gamin qui a grandit bien trop vite par la force des choses je serai toujours la pour lui ! mais cela ne remplace pas papa &maman …………………

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