Depuis que tu es maman, tu as oublié

sleepy mother with newborn

Depuis que tu es devenue maman, tu as oublié, tu t’es oubliée.

Tu as oublié comment prendre soin de toi, comment te mettre en avant. Tu recules pour laisser la vedette aux enfants.

Tu as oublié comment bien t’habiller, au profit du confort et de l’efficacité. Tu as oublié de t’occuper de ta santé, de ta forme physique.

Tu as oublié comment séduire, tu as oublié de te sentir belle. Tu as oublié comment faire l’amour à ton homme, ou comment le laisser te charmer. Tu as oublié de te regarder dans le miroir, ou alors tu ne t’y vois plus. Tu t’effaces. La femme en toi disparaît tranquillement, aux dépens de la mère qui la régit.

Tu as oublié les interactions sociales, les fêtes, les soupers. Tu as oublié comment savourer un verre de vin ou un bon repas chaud. Tu as oublié comment ne plus te sentir seule.

Depuis que tu es une maman, tu as oublié tes projets, tes amies, tes passions. Tu as délaissé la musique, la lecture et les spectacles. Tu t’es éloignée des artifices. Tu as laissé le feu s’éteindre. Tu ne te souviens plus de ce que tu aimais; les choses que les autres aiment prennent toute la place dans ta tête.

Tu as perdu la mémoire. Elle est quelque part au fond d’un tiroir avec tes bijoux et ta petite robe noire.

Mais depuis que tu es une maman, tu as aussi oublié l’égoïsme, l’insouciance et la puérilité que peuvent apporter la jeunesse.

Depuis que tu es maman, tu t’es souvenue de la sagesse, de la patience et du don de soi. Tu as oublié la douleur de l’accouchement et les courtes nuits pour te remémorer l’amour inconditionnel et infini.

Tu t’es rappelée ce que sont les vraies priorités. Tu as fermé les yeux devant le bordel, tu as balayé les miettes sous le tapis et concentré ton regard sur la beauté de ta famille.

Tu as surtout appris à assumer tes faiblesses, à reconnaître tes limites. Tu as oublié le désir de perfection, pour laisser place au simple bien.

Tu as mis de côté l’individu, la femme, la personne entière que tu es. Mais, s’il-te-plaît, ne l’abandonne pas. Tu dois apprendre à vivre avec la dualité dans toute sa richesse et sa complexité. Donner la vie, c’est donner un morceau de soi à chacun de ses enfants. Mais c’est aussi entretenir les morceaux qui restent comme de précieux carrés de jardin.

Comme on dit, la mémoire est une faculté qui oublie, mais elle est aussi un muscle qu’on doit travailler.

Ma belle maman, fais un tri, un ménage dans ta tête comme tu sais si bien le faire dans ta maison. Et n’oublie pas les vraies choses, les bons moments.

Et surtout, surtout, souviens-toi de celle que tu aimais quand tu te regardais jadis dans le miroir.

Virginie Boissonnault
VIRGINIE BOISSONNAULT

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