Le monde que je vous lègue, mes enfants

little boy crying in front of a computer

Mes chers enfants,

Aujourd’hui, j’ai le goût de vous parler. En vérité, j’aurais le goût de m’enfuir à l’autre bout du monde pour vous protéger, mais comme je sais que c’est un souhait inutile, je vais me contenter de vous jaser.

Il faut que je vous dise que des fois, ma société me fait mal. Et que des fois aussi, je me demande un peu pourquoi j’ai décidé de léguer ce monde-là à mes enfants.

Aujourd’hui, je dois sûrement être SPM, fatiguée ou je ne sais quoi, mais mes amours s’il vous plaît, écoutez-moi.

J’ai besoin de voir en vous que je ne me suis pas trompée. J’ai besoin de voir dans vos yeux tout ce qui est peut-être beau. J’ai besoin de croire que notre monde est composé de vrai.

Je dois probablement être innocente, mais même si j’ai vécu mon lot d’affrosités, je me permets de dire que j’avais l’impression que la méchanceté avait moins de place pour rayonner dans mon temps…

On n’a pas inventé la roue, je le sais. Même avant, on se parlait dans le dos, on bitchait, on jugeait nous aussi. C’est malheureusement ça, l’être humain…

On avait nous aussi nos idées, nos opinions pis nos façons de penser… mais ça reste plus fort que moi … me semble que ça faisait moins de ravages… dans mon temps.

Je vous regarde grandir et évoluer au sein de cette magnifique société. Celle-là même qui n’arrête pas de nous offrir une nouvelle façon de se connecter sur le monde.

C’est ça l’affaire. J’ai l’impression que plus le monde est connecté… moins il l’est.

J’ai encore un certain contrôle sur votre gestion du monde virtuel. Pis soyez pas surpris : tant et aussi longtemps que vous vivrez sous mon toit, je me ferai une mission de vous sentir connectés… pas sur le net, non. Sur le monde. Le vrai que tu touches. Le vrai qui risque de sourire si tu le complimentes. Le vrai que tu verras pleurer si tu choisis de l’insulter. T’sais là. Le vrai monde.  Rappelez-vous mes amours, que ça, c’est toujours le principal. Les humains.

Il faut que je vous avoue mes chéris, que j’ai peur des fois que vous jugiez trop important de donner votre opinion sans penser à la personne derrière son écran. J’ai peur que, des fois, vous vous fassiez dire des choses horribles par quelqu’un que vous ne connaissez même pas. J’ai la chienne que vous accordiez tout à coup trop d’importance à des gens qui n’auront pas pris le temps d’essayer de comprendre ce que vous disiez. J’angoisse de penser que vous pourriez, vous aussi, rabaisser des gens sans même que vous vous en rendiez compte. Peur que l’un de vous me réponde que de toute façon, c’est juste sur internet…  Ou pire, que vous me répondiez que … c’est juste pour rire.

Je me demande des fois comment vous expliquer que chaque médaille possède deux côtés. Qu’en général en fait, c’est ta job de faire en sorte que le laid ne prenne pas le dessus sur le beau.

Je me demande des fois comment m’assurer de vous rendre responsables. Comment vais-je bien réussir à faire ce job-là quand je regarde, avec tristesse, ce qui se passe des fois autour de moi. J’ai dit autour, mais j’aurais dû dire devant moi.

Comment vais-je réussir à vous faire réaliser que si vous n’êtes pas à l’aise de dire ce que vous pensez à quelqu’un en pleine face, alors vous ne pouvez pas lui dire lorsque vous vous cachez derrière votre écran ? Comment vais-je pouvoir vous expliquer que votre opinion est valable, mais que c’est aussi votre devoir de vous assurer que vous êtes respectueux lorsque vous la partagez ? Comment vais-je y arriver alors que tout plein de grands n’y arrivent même pas ? Mes chéris, j’ai de la peine. J’ai de la peine de vous voir témoins d’autant de méchanceté souvent gratuite. J’ai surtout de la peine de penser qu’un jour, vous trouverez peut-être cela banal.

Mes enfants, j’ai envie de vous voir parler, échanger, vous questionner. Je veux que vous deveniez des hommes qui ont quelque chose à dire, qui sont capables d’émettre leur opinion et qui n’ont pas peur d’être en désaccord. J’ai envie que vous soyez capables de justifier vos pensées et que vous n’ayez pas peur de déranger.

Mais mes amours, je vous en prie, promettez-moi que vous n’oublierez pas l’essentiel.  Promettez-vous en fait de faire de cette société qui vous appartient un monde où le respect restera toujours une priorité. Promettez-moi  de ne jamais oublier que derrière chaque touche d’un clavier, il y a une personne qui n’est peut-être pas capable d’endosser la façon dont vous vous êtes permis de  lui parler.

Peace.

Phonzine
PHONZINE

Une réflexion sur “Le monde que je vous lègue, mes enfants

  1. Laurianne Lavoie Répondre

    Jaime vraiment vous lire

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