Le développement de ton p’tit et ta crainte constante de son retard

baby scared

On t’avait dit qu’avoir un enfant, c’était s’émerveiller quotidiennement, s’émouvoir devant tant de petits moments. Devant tout, devant rien. Devant cette vie qui grandissait. On t’avait dit que ça allait être le plus beau des spectacles et qu’il défilerait à vitesse grand V sous tes yeux amoureux, remplis de confiance, devant ton cœur gonflé de fierté. Mais aujourd’hui, c’était la gorge nouée, les poings fermés, le cœur en miettes que tu observais son développement. Et tu cherchais la magie dont on t’avait parlé, le ventre rempli de doutes. La peur dans les yeux.

On avait eu cette étrange idée de questionner le développement de ton trésor. À grands coups de de commentaires douteux. Comme la fois où on t’a dit que c’était bizarre qu’il ne dise pas encore maman, ou cette fois où on t’a parlé du fait qu’il n’aimait pas la viande ou les autres textures. Tu t’en souviens comme si c’était hier. Tu t’en souviens comme si on t’en reparlerait constamment. Il jouait en boucle dans ta tête de mère ce commentaire, sans relâche. Comme un jugement fatidique. Un jugement sur toi, sur lui, sur tes compétences et sur l’avenir de ton petit. On t’a fait remarquer qu’il souriait peu, ou qu’il pleurait beaucoup, même dans tes bras. Tu ne comprenais pas l’intention qui se cachait derrière ces mots gratuits, mais oh combien coûteux pour ton coeur de mère qui allait y accorder de l’importance. Beaucoup d’importance. Des commentaires cratères qui morcelleront tes certitudes de mère bienveillante.

Tu te demandes ce que tu n’as pas fait, ce que tu allais faire. Tu te questionnes sur le temps que tu as perdu à le laisser grandir simplement, te disant que tu aurais dû intervenir plus, pratiquer plus, jouer plus, parler plus. Comme si tu portais la responsabilité entière de son rythme différent. Comme si tu n’avais rien fait, comme si tu avais tout raté. Et ça « spin ». Et si tu avais passé plus de temps juste avec lui, et si tu lui avais lu plus d’histoires, et si tu n’avais pas raté des occasions pour lui décrire tout ce que tu faisais, et si tu n’avais pas pris quelques minutes pour toi, et si tu ne l’avais pas laissé pleurer, et si tu l’avais laissé pleurer plus. Et maintenant, devant tout ça, c’était toi qui pleurais. Parce qu’on t’a fait douter.

Comme la fois, où on t’a demandé s’il était toujours « comme ça », sans te dire ce que ça voulait dire, sans que tu le questionnes non plus, parce que tu ne voulais pas le savoir vraiment. Comme la fois où l’infirmière t’a posé une série de questions qui laissa ensuite une boule de craintes au fond de ton ventre, à l’endroit même où tu l’avais porté, lui, ton petit trésor qui ne grandissait pas assez vite. Une vague de culpabilité qui faisait presque aussi mal que les contractions. Tellement que tu as eu envie, par moments, d’aller le réveiller pour vérifier s’il était maintenant capable. Ou la fois où on t’a parlé de tout ce qu’il devrait faire à un an. La fois où tu as ensuite passé des heures à l’observer, à scruter tous ses faits et gestes, à compter le nombre de sons, à tenter de deviner les mots qu’il disait pour les noter. Ou les heures que tu as passées devant un écran tentant en vain  de te faire rassurer par Google. Tu n’as pas osé en parler, honteuse de douter des capacités de ton trésor, honteuse de ne pas être capable d’être seulement une mère aimante et fière.

Tu te souviens encore quand une amie t’a demandé pourquoi le tien, lui, il ne marchait pas encore. À quel point sa question était porteuse de jugement, d’inquiétude. À tes yeux du moins. Tu aurais voulu qu’elle se taise. Qu’elle te prenne dans ses bras pour te dire que tu étais bonne pour ton trésor. En fait, tu aurais voulu qu’elle te dise de ne pas t’inquiéter.

Tu te détestais d’épier son développement, d’évaluer selon des règles bien définies le bout de chemin qu’il faisait ou qu’il ne faisait pas, à chaque jour, à chaque mois. Tu t’en voulais de ne pas être capable, tout simplement, de t’émerveiller quotidiennement, de t’émouvoir devant tant de petits moments. Devant tout, devant rien. Devant cette vie qui grandissait. Tu maudissais tous ces petits commentaires qui t’empêchaient maintenant de voir que ton trésor qui grandit t’offrait le plus beau des spectacles et qu’il défilerait à vitesse grand V. Même si dans tes doutes, le rythme n’était pas aussi rapide que celui qui tu aurais souhaité, pour te rassurer.

Jo
JO

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