Humaniser l’accouchement : hommage aux infirmières

woman baby delivery with nurses

Chère infirmière de l’étage des naissances,

La mémoire me fait défaut, mais je me souviens de certains moments de mon accouchement et des moments que nous avons partagés ensemble par la force des choses.

Tu étais là. Je me souviens de ton sourire familier quand tu es entrée dans la salle en m’annonçant que ce serait toi qui m’accompagnerais pour la naissance de mon enfant. Tu étais contente d’être là. C’était un samedi matin. Personne n’aime travailler un samedi matin. Mais toi, oui.

Je me souviens de ton regard rassurant quand le médecin est venu crever mes eaux et que, même si je faisais semblant de rien, tu savais très bien que j’avais besoin de toi.

Je me souviens qu’au moment où le travail était doux, dans le bain, tu t’es effacée pour nous laisser de l’intimité à moi et mon mari, même si tu aurais dû nous faire remplir des papiers. Je me souviens de t’avoir entendue mentionner qu’il serait toujours temps de le faire plus tard. Tu nous a laissés apprivoiser la venue imminente de notre enfant.

Au moment où, comme par magie, le travail s’est mis à débouler, je me souviens de tes mots d’encouragement. Je me souviens de la façon avec laquelle tu répétais les techniques de massage, cette façon qui nous empêche de se sentir démunis et qui nous donne l’impression qu’on est en contrôle.

Je me souviens quand, au moment où je tremblais de tout mon corps et que mon niveau de cohérence était presque nul, tu t’es penchée, tout près de moi, comme une sœur ou une mère l’aurait fait, et tu m’as encouragée. Je ne me souviens pas de ce que tu as dit. Je pense que je n’ai jamais même entendu les mots, mais je me souviens du son de ta voix et de tes mains. Je me souviens très bien de tes mains qui me frottaient. Ça n’enlevait pas la douleur, mais ça me permettait de garder le contact avec la réalité…

Je me souviens, juste après, je me suis assise parce que je ne savais plus quoi faire ni comment faire, je redevenais la petite fille de vingt-deux ans qui accouchait de son premier enfant; tu as vu la détresse dans mes yeux, je m’en souviens, tu m’as prise au sérieux. Je n’ai pas eu besoin de parler, de crier, de supplier…je t’ai juste regardée… tu as su.

Je me souviens de tes encouragements quand, avec le peu de capacité de compréhension qu’il me restait, je réalisais que je n’aurais pas de péridurale et qu’il faudrait faire ça à froid. Là, j’étais vraiment la petite fille de vingt-deux ans qui n’avait jamais accouché. Tu m’as tenu la main, mon mari d’un côté, toi de l’autre. Et tu ne le faisais pas par obligation, tu le faisais par passion.

Je me souviens de ton calme quand les médecins ont réalisé que le bébé était postérieur et que ça ne serait pas si facile de le sortir. Je t’entends me dire que je vais réussir, je t’entends encore aujourd’hui, mes jambes tremblent, je pousse des hurlements que je ne me savais même pas capable d’émettre; et toi, tu es d’un calme olympien et tu m’encourages. Je suis physiquement persuadée que je n’arriverai jamais à le sortir de là, mais comme tu me dis que oui, j’essaie une fois de plus.

Je me souviens de l’état de choc dans lequel j’étais lorsqu’au bout d’un petit huit minutes, qui est quand même cinq de plus que pour les autres… on a enfin mis le bébé sur moi…

Je me souviens très bien que mon cœur voulait à tout prit serrer mon fils contre mon sein et que la force de mon amour envoyait un message très clair à mon cerveau, mais mes mains et mes bras n’arrivaient pas à bouger, mes muscles étaient en grève. Et je me souviens qu’à ce moment, tu as pris mes mains dans les tiennes, et tu as mis mes mains sur mon bébé, tu m’as aidée à le remonter sur mon cœur et comme une lionne, tu as établi un territoire autour de moi. Même à mon mari, tu as interdit l’accès au bébé. Tu avais compris que pour que mon corps recommence à fonctionner, il fallait remettre le bébé le plus près possible et nous laisser le temps d’apprivoiser ce choc immense qu’on venait de vivre.

Tu as quitté la pièce, pendant plus d’une heure.  « Les soins de bébé attendront, ils ont besoin d’être ensemble ». Et le docteur a acquiescé à ta demande, qui sonnait plus comme un ordre, sans rouspéter. Tout le monde est sorti de la pièce. Je crois que même papa se sentait de trop. Tu l’avais compris. Ce n’était pas écrit dans ton livre de procédures, mais tu l’avais compris. Je n’avais pas de plan de naissance, de demandes claires, d’exigences, mais je t’avais, toi.

Je me souviens que tu es venue me porter à ma chambre et que tu es revenue le lendemain pour voir comment j’allais, et que même si tu connaissais aussi bien que moi le déroulement de mon accouchement, tu m’as écoutée attentivement te le décrire une fois de plus.

Quand j’entends des critiques sur les naissances en milieu hospitalier prétextant que c’est si froid, si rigide, si peu naturel… Moi, j’ai souvenir d’une pièce tamisée et d’une grosse bulle où j’étais seule avec mon bébé, où on a prôné le peau à peau et l’allaitement et où on m’a permis de vivre quatre fois plutôt qu’une, la plus belle journée de ma vie….

Geneviève Groulx
GENEVIÈVE GROULX

2 thoughts on “Humaniser l’accouchement : hommage aux infirmières

  1. Cynthia Répondre

    Tellement touchant et rassurant à lire!!
    Merci <3

  2. Lucie Répondre

    Tellement un beau texte et un bel hommage à cette infirmière qui pratique son métier non pas par obligation mais par passion!!! J’ai eu aussi droit d’avoir à mes côtés une infirmière chevronnée remplie de bons mots et d’actions synchronisées aux miennes comme si nous avions toujours formé une équipe!!! Grâce a elle j’ai mis au monde mon petit loup et je me suis sentie forte jusqu’à la fin. Le métier d’infirmier n’est pas toujours rose mais grâce à celles qui le pratiquent avec cœur des moments magiques restent gravés dans nos souvenir.

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