Toi, la méchante belle-mère de la petite fille que j’ai été

little girl crying on stairs

Je vais toujours me souvenir. Papa ne nous avait pas prévenues moi et ma soeur.  Il t’a présentée comme sa blonde sans délicatesse, sans préparation. C’était ça et c’était tout. Votre différence d’âge n’était pas seulement interrogative aux yeux des gens, elle était flagrante. Mais il avait raison, ce n’était pas des affaires de personne.

Notre relation a commencé spontanément avec toi. Tu aimais rire et nous agacer. Tu nous as tout de suite charmées et mises dans ta poche. Mon papa était heureux, nous l’étions nous aussi. Ça ne prend pas grand chose pour solidifier le bonheur d’un enfant, pour le sécuriser dans ses sentiments. Un parent heureux et 75% du travail est fait.

Ça aurait été tellement simple si tout avait continué comme ça.

Tu as fait ta place dans la maison comme un lion fait son territoire. Pis nous, les trois enfants issus d’une autre union, nous sommes devenues tes proies. J’avais douze ans et ma tête de pré-adolescente n’avait jamais côtoyé autant de méchanceté gratuite, de coups bas et de rejet.

Ma mère est devenue ta rivale. Sans raison. Tu bombardais son répondeur d’insultes et la traitais de tous les noms. Tu te pavanais devant nous en la renommant des pires noms : pute, chienne, salope. Tu la suivais en auto, tu la confrontais devant nous et ma mère évitait la confrontation pour nous. Pour éviter les conflits, pour calmer le jeu, pour adoucir notre quotidien chez papa.

Et elle partait les larmes aux yeux, la rage aux tripes de nous laisser avec toi.

En faisant preuve d’autant de méchanceté à chacun de tes pas, c’est nos coeurs que tu piétinais, c’est notre innocence que tu meurtrissais à grands coups de haine. On ne détruit pas une mère aux yeux de ses enfants, mais toi, tu le faisais sans égards, à nos dépens. Avec amusement.

Combien de fois j’ai essayé de parler à papa. De lui faire comprendre qu’on avait rien fait. Mais tu réussissais toujours à nous faire porter le chapeau. À dissimuler le bourreau que tu étais.

Tu as lu mon journal intime, tu m’as même insultée dedans. Tu as noirci de ta colère les pages de mon intimité. La seule maudite place où je n’avais pas peur de me confier. Tu as sali mes pensées comme on marche avec des bottes pleines de boue sur un plancher fraîchement lavé.

Quand tu as compris que ma mère ne plierait jamais devant toi, qu’elle ne baisserait jamais les yeux devant toi, tu t’es lassée de vouloir en faire ta proie et tu as définitivement jeté ton dévolu sur ma sœur de quatorze ans.

Tu as joué la carte du drapeau blanc. On a effacé et recommencé tellement de fois. Des coups d’épée dans de l’eau tellement sale. Et des coups d’épée dans le dos de ma sœur, qui recommençait à baisser sa garde et te refaire confiance .

Tu l’as salie sans remords. Fausses déclarations à la police, mensonges à mon père. Et encore une fois tu as réussi.

Ta réussite pour faire de notre vie un enfer te rendait tellement fière. Tu étais fière de ta démarche victorieuse.

Je n’ai jamais compris qu’on ait le regard d’un conquérant en faisant mal à des enfants gratuitement.

Combien de fois j’ai eu peur de tes comportements. Combien de fois j’ai appelé ma mère en pleurant.

Elle me calmait , elle me sécurisait. Et moi j’essayais d’être plus une grande fille que je l’étais en réalité en taisant mes sanglots dans mon oreiller.

Quatre années. Il a fallu quatre années et assez de force et de courage pour lever le pied, te faire face et te dire que ça en était assez.

Mon coeur est devenu assez blindé par la haine pour t’envoyer promener .

Puis ma mère a cessé d’accepter. Son instinct de protection avait atteint la force d’une armée de mille soldats. Elle a dit que c’était fini. Que tant que tu serais dans la vie de papa, elle ne te laisserait plus gagner. Gagner sur nous, sur notre peine et notre insécurité.

Papa avait choisi. Et ce n’était pas nous.

Maman a mis les bouchées doubles pour amortir le choc, apaiser la nouvelle situation. Nous avons quitté la maison de notre père et mon coeur et tout mon être ont été apaisés de ne plus vivre sous le même toit que toi. Sans plus de chicanes. Sans plus de coups bas.

Après toutes ces années, je ne peux toujours pas concevoir tout ce mal gratuit que tu nous as infligé, mais je réalise ma chance dans ma malchance. Celle d’avoir eu une mère plus forte encore que ta méchanceté, que ta volonté à vouloir nous sortir de la vie de notre père.

J’ai vu la portée qu’un coeur rempli de haine peut avoir, mais aussi la portée du coeur d’une mère qui accepte de se le faire piétiner, de se le faire arracher pour éviter la peine à ses enfants.

Tu n’auras pas réussi à détruire la petite fille en moi. Tu l’as meurtrie, tu l’as saignée de larmes, mais tu l’as rendue plus forte et courageuse. Tu m’as donné le courage et la force de reconnaître les gens comme toi qui puent la méchanceté et la colère à des milles à la ronde. Et cette guerre que tu nous as menée m’a donné cet instinct. L’instinct qui fera en sorte que personne, au grand jamais, ne ferait de mal à mes enfants.

Tu voulais que nous sortions de ta vie. Et tu avais bien raison de vouloir le faire. Parce que la vie est beaucoup plus douce sans toi.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *