Quand je dois te quitter, mon bébé

sad mother and son in a car

À chaque fois, c’est la même histoire.

On prépare mes valises ensemble, tu me poses des questions et je prends le temps de t’expliquer où je vais, ce que je vais faire, avec qui je vais être et comment on va pouvoir se parler pendant que je serai partie. On en profite, c’est du temps ensemble. Tu m’aides à organiser mes vêtements. C’est toi le responsable de la fermeture éclair. On se câline puis je fais semblant de te ranger dans mes sacs. Tu trouves ça drôle même si c’est la millième fois et moi aussi. On rit ensemble et on continue. Une fois les valises prêtes, on s’assoit et on planifie ensemble les activités qu’on voudrait faire à mon retour. On lit ton histoire préférée et puis c’est l’heure du dodo. Il est tard déjà et pourtant on dirait que la journée finit trop vite. Demain matin, je quitte.

Je pars en voleur avant l’aube pendant que tu es encore emmitouflé dans ton lit. Je passe t’embrasser tendrement sur le front question de m’imprégner de ton odeur. Tu ne peux pas savoir à quel point j’haïs ça. À chaque fois. Je ne m’habitue pas. Autant j’ai hâte de partir pour en finir et revenir au plus vite, autant, le moment du départ venu, les yeux mouillés, je t’envoie un bisou d’au revoir et à bientôt. Je ne pars jamais longtemps, quelques jours, quelques semaines, quelques mois. Ça dépend. C’est toujours trop longtemps quand même. Ce n’est pas parce que je pars souvent que c’est plus facile. Ce n’est jamais facile. La fréquence n’a aucune incidence, on ne s’habitue pas. Il n’y a rien de glamour à partir loin de sa famille pour son travail.

J’ai toujours l’impression que je manque des moments précieux avec toi. Ce n’est pas une impression. Je manque réellement des moments précieux avec toi. Des moments que je ne pourrai jamais reprendre. Il y aura des milliers de tes premières fois que je ne partagerai jamais. Je n’étais pas là pour ta rentrée scolaire. Je n’ai pas pu me réveiller en plein milieu de la nuit pour prendre soin de toi pendant quand tu faisais de la grosse fièvre. Je n’ai pas tenu ta main pour traverser la grande rue dont tu avais tellement peur. Je ne t’ai pas accompagné à ta première fête d’enfants. J’ai manqué le jour où tu as réussi à pédaler tout seul sans tes petites roues. J’ai la vidéo que j’ai regardée seule, j’ai vu ta fierté d’être un grand maintenant, je t’ai tellement applaudi. Reste que ce n’est pas pareil. Je ne pouvais pas te prendre dans mes bras et t’entendre rire aux éclats. Ça me manque de déjeuner avec toi, de t’entendre me décrire à quoi tu as rêvé la nuit passée. Par moments, je préférerais être à la maison pour te gronder que d’être à des milliers de kilomètre sans pouvoir t’embrasser.

Quand je pars longtemps, je laisse à la maison des petits mots d’amour que tu retrouves à chaque jour sous ton oreiller, j’ai un partenaire qui m’aide à combler le vide que je laisse. Parfois on réussit à se parler à tous les jours, sur Facetime ou sur Skype, et parfois, ça peut prendre des semaines avant qu’on puisse échanger. Quand on jase, je te raconte mes journées, tu me racontes les tiennes, tu me montres tes dessins. Je souris, je te félicite, tu me montres ta chambre, tes jouets et moi je mets beaucoup trop d’enthousiasme à les reconnaître. Il arrive que je te lise une histoire, comme si j’étais à la maison avec toi assis sur moi. On fait semblant, pis on se donne des câlins d’écran. C’est tellement difficile de raccrocher, de te souhaiter bonne nuit. Je sais que plus tard, quand tu seras endormi, je parlerai à mon amoureux, les deux on aura les yeux rougis et bouffis. Il n’y a pas juste toi qui s’ennuies.

J’ai hâte de revenir. Toujours. Dès que je pars, le décompte à rebours des dodos jusqu’à mon retour s’enclenche. Et tout le temps que je suis loin, j’ai peur. J’ai peur qu’il vous arrive de quoi, j’ai peur qu’il m’arrive de quoi, j’ai peur que le dernier souvenir que tu as de moi et celui que j’ai de vous, c’est une face écrasée sur une caméra pour un câlin d’écran. J’arrête de m’inquiéter uniquement lorsque je suis de retour à la maison et que je peux vous serrer dans mes bras. Et puis lentement, le quotidien revient, on fait les activités qu’on avait prévues avant mon départ et la vie suit son cours, comme si je n’étais jamais partie, je te gronde et je t’embrasse.

Éventuellement, tu deviendras trop grand pour entrer dans la valise et tu ne voudras plus être responsable de la fermeture éclair, mais toujours, même quand tu seras plus grand que moi, avant que les premiers rayons du soleil se pointent le nez, j’irai te donner un bisou pendant que tu dors emmitouflé dans tes draps, pour te dire au revoir et à bientôt. Demain matin, je quitte.

Lily Côté
LILY CÔTÉ

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