Malgré les douze ans qui nous séparent, mon amour

man walk away

Mon amour,

Alors que j’avais peine à laisser tomber ma suce, les hormones d’ado s’emparaient déjà de toi.  Alors que mon père retirait les petites roues sur mon vélo, tu te promenais déjà au volant de ta première voiture.  Alors que je jouais encore à la madame ou avec mes poupées, tu faisais déjà ton choix de carrière future.

Alors que tu débutais ta vie à deux, j’entrais tout juste dans l’adolescence.  La même année que tu serrais contre toi ton deuxième rejeton, j’obtenais enfin ma majorité.  Alors que ta vie était un long fleuve tranquille, la mienne ressemblait plus à une balade en mer par une journée de tempête.  Puis un jour, ta vie a pris les allures de la mienne et c’est ce qui nous a permis de nous rencontrer et de connecter.  C’est ce qui nous a permis d’effacer peu à peu du calendrier, toutes ces années qui nous séparent.

Bien que tu berceras tes petits-enfants alors que je n’aurai pas encore totalement fini de bercer mes propres enfants.  Bien que tu songeras à ta retraite alors que je serai encore à construire ma carrière.  Bien que tu souhaiteras profiter un peu plus du temps qui passe alors que j’aurai encore la broue dans le toupet de mes enfants pas-encore-complètement-autonomes, je continuerai à vouloir partager mon quotidien avec toi.  Parce que tu l’embellis de mille et une manières.  Parce que tu y ajoutes une série de nuances qui m’étaient inconnues avant ton arrivée.

Malgré tout, malgré cette différence d’âge entre nous, je n’ai aucune crainte.  Au contraire.  Tu me réconfortes quand je tremble de l’intérieur, au moment où d’autres ont manqué de maturité pour m’apaiser.  Le temps nous apprendra à nous ajuster lorsque nécessaire, ou à simplement rire de ce clash des générations entre nous.  Tu me rassures par la sagesse qui t’habite et par cette assurance si déstabilisante qui se dégage de toi.  Tu me fais rire par cet air d’enfant tannant qui émane de toi chaque fois que je t’aperçois.  Tu viens me chercher dans tout ce que j’ai de folie et tu y ajoutes la tienne.  Et tout cela crée un équilibre parfait.

Cette différence d’âge qui m’apparaissait au départ comme un obstacle majeur s’est peu à peu amenuisée pour disparaître totalement.  Ce que je percevais au départ comme une faiblesse entre nous s’est plutôt transformé en un atout majeur comme quoi, toi et moi, on forme le match parfait.  Comme quoi, entre toi et moi, il n’y a aucun décalage temporel.  Je crois simplement que tu m’as précédé dans la vie pour avoir le temps de faire tomber ces barrières qui auraient pu me ralentir pour me tracer la voie que je devais suivre jusqu’à toi.

Cet espace-temps entre toi et moi n’est aujourd’hui plus qu’un lointain détail dans ma tête.  Je ne le perçois et ne le vois plus.  On se moquera donc ensemble des anecdotes qu’il provoque et c’est parfait ainsi puisque tu es tout ce que j’ai souhaité, toi, d’une toute petite génération mon aîné.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

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