Ma fille chérie, remercie la vie

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Ma fille chérie, quand je te regarde lever les yeux au ciel lorsque je te demande pour une centième fois de ramasser ta chambre ou pour la dixième fois que je refuse de t’acheter des trucs inutiles, n’y vois pas rien de personnel ou une conspiration contre toi, je tente de bien t’éduquer pour te donner le meilleur que tu puisses obtenir de la vie. Quand je te questionne avec qui tu es, où tu vas, ne m’en veux pas, je tente de te protéger du mieux que je peux.

N’ayant connu qu’un foyer aimant et où tu manges à ta faim, ayant un toit, des vêtements dernier cri, laisse-moi te rappeler ce que d’autres enfants vivent au quotidien et l’histoire d’un de ceux-ci qui a parcouru tout un chemin.

Dès l’âge de ses trois ans, cette petite fille a su qu’elle devrait vivre sans un de ses parents, celui-ci préférant boire et geler ses émotions, laissant femme et enfants dans la pauvreté la plus dure qui soit tentant de survivre un jour à la fois. Déménagée dans le quartier le plus dur de Montréal, devant s’affirmer haut et fort à coups de poing et de mots pour imposer son respect, cette petite fille, dès ses sept ans, habillée comme la chienne à Jacques, devait céder ses biens dès qu’elle en avait si elle voulait assurer, à elle et ses sœurs, une certaine sécurité au moins pour une partie de l’année.

Sa mère ramenait au gré de ses envies des hommes de tout gabarit et ignorait certains bruits éloquents qui auraient pu l’amener à protéger son enfant. Devenir femme à huit ans, y’a mieux comme terrain de jeux.

La petite fille pleurait fort en silence que son père surgisse de l’ombre pour venir la sauver, mais il a préféré s’enlever la vie, la laissant seule se débrouiller.

Puis l’enfant a vécu une période d’accalmie de près de deux ans où les foyers d’accueil lui ont permis de croire qu’il pouvait y avoir une autre façon de vivre. Alors que d’autres voyaient ces foyers comme un enfer, la petite fille y a trouvé une stabilité, une justice et s’est sentie aimée. Un matin, toutefois, la mère l’a reprise, l’emmenant vivre dans un appartement un peu plus grand, promettant une nouvelle vie à celle-ci.

Puis vint la terreur, sous forme du nouveau conjoint qui, par la religion et la peur, à coups de fouet et de caresses, de menaces et de promesses, prit contrôle du foyer, de toutes leurs pensées et eu mainmise puisque sa mère ne s’y opposait pas, ne se défendait pas et acquiesçait.

Arrivée à la fin de son enfance, la petite fille prit son courage à deux mains et dénonça à une personne de confiance les sévices, les abus et demanda seulement d’être protégée, sa propre mère ne l’ayant cru et tentant même de la discréditer auprès du corps policier.

Se retrouvant enfin toutes les quatre, la maman et ses trois enfants, sans homme pour les abuser ou les menacer, la petite fille reprit espoir et se mit à croire. Jusqu’au matin où sa maman, encore une fois, imposa l’homme de son choix qui s’avéra violent autant physiquement que psychologiquement.

La petite fille grandissait : les coups ne l’atteignaient plus, les mots non plus, elle cherchait même à voir jusqu’où la violence pouvait aller, jusqu’à quel point la mère pouvait tolérer, et provoquait le bourreau en espérant que celui-ci mette fin à sa vie.

La petite apprit tôt que malgré que sa maman répétait souvent«je t’aime» à ses enfants, les actions ont beaucoup plus de poids et de valeur que des mots simplement prononcés mais jamais être, par des gestes, validés.

Puis, la petite fille devenant presqu’une femme, se surprit d’avoir survécu, et quitta le nid. Elle a alors voyagé, étudié pour s’assurer de ne plus rien manquer, s’est endurcie et a fait sa vie. Elle ne voulait pas d’enfant, croyant ne pas être assez bonne pour aimer, ne voulant se reproduire et donner vie à une famille dysfonctionnelle elle aussi…mais un homme a alors tout changé.

Et la petite fille, encore profondément meurtrie, mais qui affichait le plus beau des sourires pour cacher la douleur encore vive, a dit oui à la vie, et a donné deux fois plutôt qu’une, celle-ci elle aussi.

Car vois-tu ma fille, que si je te protège si fort, si je te demande d’être reconnaissante pour que ce que je te donne, si je veux que tu constates à quel point tu as une belle enfance et que tu ne manques de rien et si je suis aussi surprotectrice lorsque tu veux simplement jouir de la vie, c’est que l’histoire de cette petite fille qui a tant souffert est celle de ta mère.

 

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

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