Lettre au père de mes enfants

sad couple on bed

Mon amour,

À partir de quand as-tu commencé à me voir comme une maman? Je veux dire, seulement comme une maman. Il s’est opéré quand, ce glissement sournois, de l’amoureuse vers la maman?

Bien sûr que je suis une maman. Une maman pour mes enfants. Pas pour toi, mon Homme. En tout cas, ce n’est pas ce qui était prévu. J’étais supposée cumuler les deux rôles sans problème. Être une maman et une amoureuse. Pas l’une d’abord et avant tout et l’autre parfois, quand ça adonne. Mais c’est pourtant ce qui s’est passé.

Ça s’est fait tout doucement. Sans qu’on s’en aperçoive. Après un deuxième bébé rapproché, le temps est venu à manquer. À manquer pour nous, les amoureux. Il n’y a plus que nous, les parents. Et tu es un super papa. Drôle. Et champion pour faire des cabanes dans le salon les jours de pluie. Je t’admire pour ça.

Mais j’ai besoin de plus. Et tu as besoin de plus, j’en suis sûre. Je ne sens plus ce désir dans ton regard. Je ne sens plus cette chaleur dans mon ventre quand tu t’approches de moi. Je pense bien qu’on s’aime encore, mais qu’on a peut-être oublié comment on doit se le dire. Et comment on doit se le montrer.

On se parle sans façon. Exit les sous-entendus coquins et les sourires prometteurs. Bonjour le compte-rendu des tâches faites ou à faire. Les mots doux, c’est Fiston maintenant qui les murmure à mon oreille. « T’es belle maman! Veux du lait. »

Pourtant, on s’était promis de faire attention. De ne pas devenir comme tous ces couples de notre entourage qui se sont éloignés, puis séparés. Certains en sont même venus à se mépriser. À se reprocher tout et rien. À constamment se plaindre de l’Autre. Toujours déçus. Jamais contents. Et j’ai peur qu’on soit les prochains. Les prochains à baisser les bras et à ne plus du tout se rappeler la raison première, tellement simple, de pourquoi on est ensemble. Tu te souviens? L’amour.

Alors, j’essaie. J’essaie fort que cet éloignement soit temporaire. J’évoque des soupers en amoureux à venir. Tu ne réagis pas vraiment. J’essaie d’être spontanée. Mais c’est difficile entre deux brassées et les repas à préparer. Et l’énergie n’est pas au rendez-vous. Mon rôle de maman a usé l’amoureuse en moi.

« Après, ça revient », m’a-t-on dit. OK. Mais « après », c’est quand? Elle dure combien de temps, cette (trop) longue traversée du désert? Comment on fait pour renverser la situation et recommencer à voir l’Autre comme un être désirable? Et comment fait-on pour redevenir cette personne sensuelle et entrepreneuse qu’on a été jadis? Oui, jadis! Ça fait tellement longtemps qu’on dirait que c’était dans une autre vie. C’est un peu ça, au fond : la vie avant d’être maman. Riche en caresses et en baisers  fougueux. Maintenant, ce sont les câlins faits par des petites mains et les bisous mouillés qui comblent ce besoin de tendresse.

Mais voilà, je ne suis pas qu’une maman. Alors, il y a un manque. Énorme. Et si je m’arrête pour questionner et écouter la femme en moi, c’est encore toi que je veux. Ce sont tes mains, les tiennes et celles de personne d’autre, que je veux sentir sur ma peau. C’est ton visage que je veux voir à côté du mien quand j’ouvre les yeux le matin. Je vais donc continuer à chercher. À chercher comment nous retrouver. Parce que je sais que ça en vaut la peine. Que tu en vaux la peine.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

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