Petit renard apprivoisé : mon beau-fils

woman and kid on bed

Mon beau-fils,

J’ai rencontré ton père en pleine tempête. Je ramais seule dans une chaloupe qui n’allait nulle part et ton père soufflait à s’en étourdir sur une flamme qui ne voulait plus se raviver. Je lui ai donné de l’huile pour son feu, il m’a donné une autre rame pour avancer, puis, à force d’essayer de s’aider, on a fini par se réchauffer avec le bois de la chaloupe. Deux âmes brisées qui se rencontrent, ça cause beaucoup de dommages. Nos familles ont éclaté sous la force de l’impact; c’est dans ce contexte-là que tu as atterri dans ma vie. Un rayon de soleil qui fait briller l’âme de ton Papa.

Je t’ai aimé tout de suite. Aussi fort que j’aime ton père. Même si tu me tirais les cheveux, même si tu me frappais, même si tu me poussais et même si tu me criais après.

Tu avais tellement mal. Tellement de rage. Tellement.

Avec le temps, à ton rythme, quand tu t’es senti prêt, tu as décidé de venir nous voir le matin à ton réveil, pour te blottir entre ton papa et moi. Petite tête bouclée qui se sent en sécurité; collé entre nous deux, ta respiration devient tranquille et ton corps se détend. Un des rares moments où tu laisses derrière toi tous tes tracas, toute ta douleur, toute ta rage.

Petit renard apprivoisé que j’aime tant. Tu n’as aucune idée à quel point ça me rassure et ça me rend heureuse de te savoir tranquille entre nos bras.

Parce que j’ai mal pour toi.

J’ai mal de te voir pris en otage. Mal de t’entendre répéter les reproches de ta mère envers ton père. Mal de savoir que ta mère « t’inspecte » sous toutes tes coutures quand tu reviens chez elle après un week-end avec nous. Mal qu’elle t’empêche de jouer avec nos cadeaux que tu ramènes chez elle. Mal que tu aies appris à mimer des gestes d’adulte parce que ta mère voulait discréditer ton papa. Mal de ne pouvoir mieux te protéger de la haine et de la rage des grands.

Petit renard apprivoisé que j’aime tant.

Je te promets qu’à la maison, tu peux aimer et parler de tous les gens importants pour toi sans te sentir coupable, tu as le droit d’aimer les adultes significatifs dans ta vie.

Je te promets qu’à la maison, quand tu me donnes des coups de pied et des coups de poing, je vais attendre à côté de toi et je vais être là pour te prendre dans mes bras une fois ta colère passée; je ne te chicanerai pas.

Je te promets qu’à la maison, il va y avoir tout plein de moments précieux, tristes et joyeux, et qu’il y aura toujours plein d’amour.

Et jamais, jamais, jamais au grand jamais, tu ne sauras à quel point j’en veux à ta mère pour les traces de douleur et de haine qu’elle laisse dans ton âme.

Je te jure que je vais continuer à tout faire pour effacer ces traces-là. Je ne serai jamais ta maman, et je n’ai pas l’intention de la remplacer, jamais. Je sais à quel point elle t’aime et que tu l’aimes. Je sais aussi combien fort ton Papa tient à toi, qu’il t’aime de tout son cœur et que tu l’aimes aussi.

Sache que je serai là pour toi : pour que tu me frappes et m’haïsses, pour que tu viennes te réfugier dans mes bras quand ton monde s’effrite. Je serai là pour toi.

Petit rayon de soleil à son papa, petit renard apprivoisé, je t’aime.

Lily Côté
LILY CÔTÉ

Une réflexion sur “Petit renard apprivoisé : mon beau-fils

  1. Louison Tremblay Répondre

    Très beau texte.

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