Lettre d’excuses à mon voisin

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Cher voisin,

L’été arrive et je profite de l’occasion pour te présenter d’avance mes excuses pour le bordel qu’occasionnera le bruit de ma progéniture cet été.

Je le sais déjà que tu surveilles ma cour depuis quelques semaines et tu appréhendes les prochaines semaines. Pas parce que mes enfants risquent de trasher ta piscine pendant ton week-end dans ton chalet en Estrie, pas parce qu’ils prévoient te faire livrer trente pizzas hawaïennes ou ni parce qu’ils veulent tester le coup du sac  d’excréments sur le bord de ta porte, non.

Tu les checkes depuis un bon moment car tu as une crainte dans la vie, et c’est celle du bruit. Le bruit qu’ils peuvent faire lorsqu’ils pointeront le nez dehors pour profiter du peu de soleil que l’été québécois offre. Et bien, je m’excuse d’avance car je ne vais pas les empêcher d’avoir du fun par peur de déranger.

Comprends-moi bien. Non, je ne les enverrai pas chanter leur version cahoteuse de « Despacito » sous ta fenêtre un samedi matin à sept heures, il y a toujours bien des limites au sadisme parental. Mais il est fort possible que je les retienne moins que tu ne le souhaites et je vais t’expliquer pourquoi.

Vois-tu, cher voisin, ils ont passé une bonne partie des derniers mois à l’intérieur. Certes, ils se sont lancés à la poursuite des premiers flocons et ont profité des rares journées pas trop froides du mois de janvier pour construire des bonhommes de neige. Mais depuis que la neige est devenue brune, ils sont indécrottables du salon. Ils y ont foutu le bordel, ont ravagé leur salle de jeux, leur chambre. Il n’y a pas que moi qui commence à manquer de patience : même le chat se tient dorénavant 23 heures sur 24 sur le frigo, dernier rempart à sa quiétude féline. Mes petits, ils sont comme des animaux en cage : ils ont faim de sortir, de se dépenser.

De plus, as-tu remarqué qu’il y a de l’action chez nous dès l’aurore? Depuis qu’on a avancé l’heure, les enfants se lèvent autour de cinq heures du matin, si ce n’est pas plus tôt. Alors, rendu à dix heures, il est fort probable que la mère ici présente n’ait qu’une seule envie : fermer la Pat’patrouille, sortir ses cocos de la maison et profiter d’un petit quinze minutes de paix pour boire son quatrième café pendant qu’ils mangent de l’herbe. Je te supplie, cher voisin, de me laisser ce petit répit avant que je reparte pour la suite de mon shift parental.

Je pourrais les envoyer au parc, c’est vrai. Après tout, ils vont adorer se lancer dans les modules, mais à certains moments, ça adonne moins, disons. Je suis probablement la mère la plus ennuyante, mais j’avoue que parfois, j’aime le fait de pouvoir les surveiller de la fenêtre de ma cuisine pendant que je termine ma vaisselle. Parce que pendant qu’ils jouent dehors, ça laisse le temps aux parents de se rattraper sur la vaisselle, de ranger les dix millions de jouets laissés dans le salon… Sans compter que j’ai un peu plus de contrôle sur le contenu de mon bac à sable, qui n’aura été souillé que par trois ou quatre enfants, gros max.

Plus ils sont dehors, plus ils vont dépenser… et mieux ils vont dormir ! Ainsi, je pourrai possiblement les coucher avant le digestif. Et ce moment de tranquillité, cher voisin, nous pourrons tous les deux en profiter, chacun de notre côté avec notre petit verre de vin sur notre patio en symbiose avec les maringouins.

Bref, je sais que certains matins, mes enfants t’empêchent de pouvoir profiter de ton thé à la camomille avec ton livre sur ta chaise longue, à écouter le vent souffler et pour ça je suis vraiment désolée. Mais je te propose un deal : si tu arrêtes de m’envoyer des regards de feu à chaque fois que mes enfants sortent, je te promets de retenir mes soupirs lorsque tu sortiras ta tondeuse à l’heure du souper.

C’est ça, la beauté du « vivre ensemble ».

Christine M.
CHRISTINE M.

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