À toi, mon garçon devenu grand, personne ne parle de l’adolescence

teenager boy pensive

Mon fils, pas encore un homme, mais plus un enfant,

Depuis quelque temps, je ne me sens plus autant ta maman. Non pas parce que je ne sens plus d’amour venant de toi, c’est plutôt venant des autres que je ressens cela.

Toi et ta sœur avez grandi et c’est comme s’il y avait un vide créé par la société. Comme si la valorisation de la maternité est réservée aux femmes enceintes ou aux mamans des 0-6 ans et que devenus adolescents, vous êtes mis à l’écart et êtes moins considérés.

Pour les tout-petits, il y a des tonnes d’articles sur les réseaux sociaux et dans les revues. Il y a des livres traitant de toutes les étapes de la petite enfance, des romans pour aider les enfants à se sentir compris, mais si peu pour nos enfants devenus grands.

Pour les mamans de jeunes enfants il y a, à profusion, des conseils et des suggestions, des idées de jeux, d’activités et des recommandations. Quoi faire pour égayer ta journée, quelle thématique utiliser pour la fête de ton petit dernier. Mais il n’y a rien qui explique aux parents d’adolescents comment garder une belle proximité, quelles activités sont appropriées à partager ou encore comment garder votre intérêt pour encore plusieurs années.

Dans certains pays, l’enfance englobe les 0-18 ans. Comme si le concept de catégoriser l’humain en quatre groupes distincts n’était pas nécessaire; seuls les nord-américains l’utilisent.

Je me questionne sur le pourquoi de ce silence sur cette période de l’enfance? Pourquoi, les parents d’adolescents se taisent et ne parlent pas de leurs émotions, leurs opinions ?

J’aimerais que la période du 12-18 ans comme sujet soit abordée. Pour m’aider à mieux vous comprendre, savoir comment vous prendre et vous faire sentir autant aimés qu’avant puisque vous ne laissez plus autant de place à votre maman.

Il y a des conférences pour savoir comment vous protéger des cyberprédateurs, mais rien qui  me démontre comment conserver le contact avec toi et ta sœur.

Je me sens moins maman puisqu’on ne s’enquiert plus non plus de vos bons coups, de vos activités, de vos prouesses ou de vos émotions. De votre évolution, du comment vous avez survécu au passage du primaire au secondaire, comment vous développez vos nouvelles habiletés. Comme si devenus plus autonomes, vous n’aviez  plus droit au même regard et à la même place dans notre société.

Je tente de vous laisser toute la latitude pour expérimenter, sans vous empêcher de vous planter, je tente de vous conseiller sans que vous ne vous sentiez étouffés, mais la vérité c’est que tout comme quand vous étiez petits, je ne sais comment faire ni comment réagir, j’apprends à chaque jour et j’ai encore besoin parfois d’une oreille ou de soutien.

Oui, l’avantage qu’on a attendu si longtemps : celui de la liberté retrouvée du parent est fort agréable. Mais je me surprends parfois à vous regarder grandir avec nostalgie et je m’en veux de ne pas provoquer autant les moments qui nous rapprocheraient momentanément, faute de savoir comment.

Chaque étape de l’enfance a ses avantages; il me semble que parfois je retournerais en arrière quelques minutes pour vous coller, vous câliner et vous aimer sans que vous puissiez contester. Je m’ennuie de cette époque où je pouvais aussi m’appuyer sur l’expérience des autres mères, leurs conseils, puis leurs repères. Je trouve dur d’être laissée à moi-même et que cette étape de votre vie soit encore aujourd’hui si peu discutée et documentée.

Je vous regarde aller, je m’émerveille de voir votre répartie, votre imagination, vos idées. Cela m’émeut de voir que vous êtes en train de bâtir votre propre personnalité, que vous vous affirmez tout haut sans gêne ni tabou, avec force et conviction. Et même si souvent vous me confrontez, j’admire la verve et la passion que vous utilisez pour débattre de vos opinions en tentant de me convaincre que vous avez raison.

Je ne peux plus croquer vos joues comme avant; vous clamez votre indépendance et faites tout pour nous garder loin de vous, mais je me permets, avec l’excuse que je vous ai portés, de vous prendre dans mes bras et vous serrer fort contre moi parfois.

Puis je me rappelle les courtes nuits, les couches et les maladies de garderie et je réalise que j’en suis à cette étape de ma vie et de la vôtre que j’apprécie sincèrement.

Même si pour cela, je me sens parfois moins votre maman.

 

Julie Ducasse
JULIE DUCASSE

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