La maudite culpabilité

guilty woman

Prendre du temps pour soi, un luxe qu’on ne s’autorise pas assez quand on devient maman.

Pendant tes études, c’était toi en premier, tu étais maître de ton horaire en dehors des cours.  Aucune obligation d’aller ou non dans un party avec tes amis ou ta famille, tu y allais juste si t’en avais envie et ça finissait là.  Pas de questionnement à n’en plus finir sur ce que tu devrais faire ou non, tu décidais au feeling.

Entrée sur le marché du travail, est débarquée la vraie vie d’adulte; oui, il y a quelques obligations, mais rien d’ingérable.  Il n’y avait que ton chum et toi, c’était simple et parfait comme ça.  Tu t’ennuyais de lui quand il n’était pas là, mais tu ne te sentais pas coupable pour autant de voir tes amis ou de travailler plus tard un soir.

Est arrivée ta première grossesse.  Vous étiez heureux, tu avais hâte de lui voir la binette.  Mais quand les crampes, les vomissements et les brûlements d’estomac ont débarqué, la culpabilité s’est installée. Tu t’es dit que tu avais sans doute dû faire quelque chose de pas correct, que tu avais forcé trop. Puis tu as peu à peu réalisé que tu n’arrivais plus à rien faire dans la maison et que la chambre de bébé n’avançait pas.  Ton chum t’as rassurée, mais tu as continué à te sentir coupable.

Tu as accouché et tu t’es retrouvée avec un poupon qui ne voulait pas boire ni dormir dans les bras.  La culpabilité est revenue en courant.  Tu t’es dis que tu ne t’y prenais pas bien, que tu étais sûrement une mauvaise mère.

Bébé #1 a rapidement été suivi de bébé #2, et avec deux enfants de moins de deux ans, tes journées sont rapidement devenues bien remplies.  Ayant besoin de te retrouver, tu as décidé de prendre soin de toi et de te remettre en forme au gym, qui est rapidement devenu ton échappatoire.  Ça te faisait du bien, tu rencontrais des gens et t’as même réussi en prime à perdre ton surplus de poids. Mais malgré tout, tu te sentais coupable de ne pas passer ce temps-là avec ta famille, même si on parle ici de quelques heures par semaine.  Tu as tout de même maintenu ces sorties car t’en avais besoin pour ta santé mentale; c’est beau un petit poupon, mais ça n’offre pas beaucoup de challenge intellectuel et d’interaction sociale, t’sais.

Puis, il a fallu que tu retournes au boulot et ça s’est compliqué.

Un travail de plus en plus exigeant, de nouvelles responsabilités, une promotion puis une autre, tout ça combiné au trafic, a fait en sorte que tu t’es mise à partir de la maison alors que tout le monde dormait encore et à revenir tard. Ton chum s’est mis à aller chercher les enfants à la garderie la plupart du temps et toi, tu t’es mise à te sentir coupable d’être la mère que tu as déjà jugée, celle qui ne s’occupe pas assez de ses enfants, alors que tu ferais tout pour eux.

Et alors que tu passais ton temps à encourager ton chum à sortir, à prendre soin de lui pour ne pas s’oublier, tes activités à toi sont toutes devenues teintées d’un voile t’empêchant d’en profiter à 100%.  Même prendre le temps de lire un livre ou d’écouter un film s’est mis à susciter un sentiment de culpabilité chez toi, comme si tu sentais qu’il serait plus brillant de partir une brassée de lavage, de préparer des repas à l’avance ou de passer la balayeuse.

La vérité, c’est que tu cachais bien ton jeu derrière une désinvolture que les autres t’enviaient peut-être, mais c’était de la frime.

Jusqu’au jour où tu as réalisé que tu faisais de ton mieux, qu’on était satisfait de toi et que tu n’avais pas à te sentir coupable. Que lorsque tu n’étais pas heureuse, ça se répercutait inévitablement sur tes performances au travail, sur ta patience avec les enfants et sur ton humeur envers tout le monde.  Que tu avais besoin de temps pour toi et personne, pas même toi, n’avait le droit de te le reprocher.

Depuis, tu commences à l’admettre, à te comprendre un peu plus chaque jour et à savourer ces petits instants pour toi.  L’équilibre, c’est la solution.  Rien n’est jamais parfait, mais on finit par s’en rapprocher de plus en plus, un jour à la fois.

Et quand la culpabilité se pointera à nouveau dans ta tête, tu seras prête à lui dire de foutre le camp parce que tu es occupée à être heureuse.

 

Sophie Métivier
SOPHIE MÉTIVIER

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