Ta main dans la mienne

couple hands

Ta main. Elle a toujours cherché la mienne. En écoutant un film sur le divan. Au feu rouge, en voiture. En traversant une foule, trop dense pour qu’on puisse marcher côte à côte. Tu l’ouvrais simplement derrière ton dos, j’y glissais la mienne et je savais. Je savais qu’on ne se perdrait pas, que tu ouvrais le chemin pour moi. Nos familles nous taquinaient un peu avec ça, tu te souviens? On nous appelait ‘’velcro’’, on nous mettait au défi de nous lâcher un peu. Rien à faire, nous étions soudés par les paumes, siamois des doigts.

Après avoir vu le plus sur un bâtonnet rose, une belle bedaine s’est ajoutée à l’équation. Nos mains s’égaraient occasionnellement, attirées par cette rondeur comme l’océan par la lune. Mais elles se retrouvaient encore souvent, pendant nos promenades de soirs d’été, nos sorties au cinéma. Je me suis cramponnée à ta main comme jamais, au moment crucial de donner la vie à ces petits êtres qui allaient tout changer pour le mieux.

Nous sommes devenus parents et nos mains se sont naturellement scindées. Elles sont devenues occupées. Occupées à bercer un poupon, à diriger une poussette. À promener le chien et à transporter des sacs à couches trop lourds. Occupées à tenir d’autres mains.

Les enfants ont un peu grandi aujourd’hui, c’est vrai. Mais leurs petites  menottes collantes, elles ont encore besoin de s’agripper à la mienne. Je dois les retenir de tomber, les empêcher de traverser la rue sans avoir regardé. Séparer leurs disputes qui dégénèrent, tâter leurs petits fronts chauds, essuyer leurs pleurs et soigner leurs bobos. Lorsque, par un moment de calme, nos mains se tendent l’une vers l’autre avec espoir, nos enfants surgissent pour prendre cette place qui leur revient de droit, entre nous deux.

Mes mains sont en demande, elles n’ont plus le temps de se la couler douce au creux des tiennes.  Elles s’ennuient, toutefois. Et il arrive que la nuit elles cherchent tes paumes chaudes sous les draps et s’y logent dans mon sommeil, comme par réflexe.

Je sais qu’un jour pas si lointain, les mains douces de nos petits vont quitter la mienne pour de bon. Et ce jour-là, je serai heureuse de reprendre ta main pour y retrouver avec soulagement la  rugosité familière de tes doigts de guitariste. Je la tiendrai. Longtemps. Même une fois que tes jointures arthritiques se seront ornées de poils grisonnants, lorsque mes veines bleutées transparaîtront sous ma peau diaphane et tachetée de vieille dame. Je la tiendrai encore, et je ne la lâcherai plus. Promis.

 

 

Mélissa Brassard
MÉLISSA BRASSARD

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