À toi, ma fille qui a peur de grandir

little girl anxious

Ma chérie, tu étais encore si petite quand ton frère est né. Tu parlais à peine, mais tu étais si débrouillarde. Tu étais la première et, à mes yeux, déjà si grande…  Tu n’en étais pourtant même pas encore dans des phases de « si c’est comme ça, je me roule par terre de colère » ou « moi aussi, je veux pareil que toi ». Et on ne t’a jamais vraiment laissé les vivre, ces phases-là. J’étais si fatiguée, sans aide extérieure ou presque, si occupée aussi, si déprimée déjà, sans doute, que je t’ai demandé de grandir si vite. Je voyais dans ton frère un si petit bébé, je pensais que tu étais prête à devenir mon aînée, ma grande fille.

Mais tu n’étais pas prête.

Tu avais besoin de rester toute petite encore un moment, de l’amour et des câlins de maman et papa. De prendre ton temps, à ton rythme d’enfant, d’avancer un pas devant l’autre physiquement, mais surtout psychologiquement. Tu avais peur qu’en grandissant, on t’aime moins, ou différemment, alors tu jouais au bébé pour qu’on s’occupe de toi. Et plus tu jouais au bébé, plus tu m’énervais, et je m’éloignais de toi, et ce cycle infernal n’en finissait pas entre toi et moi…

Malgré tout, tu as grandi peu à peu. Tu n’as pas encore cinq ans, tu es toujours très débrouillarde, mais tu as toujours peur de grandir. Parfois ton besoin de te coller à moi est si fort que si tu pouvais rentrer à nouveau dans mon ventre tu le ferais. Tu es devenue dépendante affective, un peu comme ta maman… Tu veux rester petite comme ton frère, qui lui veut être grand comme toi. Et moi, perdue entre ma grande et toujours petite fille, j’essaie, tant bien que mal, de t’aider à grandir ma chérie.

Pourtant, c’est si dur parfois. Quand tu fais des crises à plus finir, que tu veux tout et son contraire, j’essaie de t’aider et en même temps, c’est si difficile de t’aimer… Parfois, tu te moques de moi, tu testes les limites, comme tous les enfants de ton âge. Beaucoup plus souvent, dans ces crises, je te vois en détresse, je lis ta peur de t’éloigner de moi… Et je ne sais comment calmer la situation, mais je cherche, encore et encore, jusqu’à ce qu’on trouve un semblant d’équilibre, toi et moi, pour quelques jours ou quelques semaines.

Chérie, je vais t’aimer toujours, petite ou grande fille… Aide-moi à t’aimer, grandissons ensemble, arrêtons les crises qui nous éloignent tant, je vais t’aider. Et quand les crises seront finies, que tu seras finalement devenue ma grande fille, je t’aimerai encore et toujours plus ma chérie, à la folie!

Géraldine Heilporn
GÉRALDINE HEILPORN

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *