Lettre à mon deuxième enfant

son embrace mother

Mon bébé,

Je sais que je ne devrais pas t’appeler comme ça, parce que tu as déjà deux ans et quelques mois. Tu es grand. Tu es magnifique, si débordant de vie et d’intelligence. Aujourd’hui, je veux m’excuser.

Tu es arrivé un beau jour glacial de février. En arrivant à la maison, la réalité m’a sauté en plein visage : j’avais maintenant deux enfants à m’occuper. Deux bébés que séparaient seulement deux années. Je sentais le poids de cette responsabilité s’écraser sur mes épaules. L’inquiétude refoulée lors de ma grossesse s’est transformée en angoisse. Telle une marée qui, lentement, mais inexorablement, monte et inonde tout sur son passage, l’angoisse m’a submergée, pour ne plus me quitter. Je me sentais prisonnière. Vous dépendiez tellement de moi ! La fatigue, compagne privilégiée de ma vie depuis les deux dernières années, n’a cessé de croître. Une fatigue profonde, que je ressentais dans toutes les fibres de mon corps, me laissant dans un état semi-comateux. Papa est retourné travailler deux jours après ta venue au monde. J’étais seule, la plupart du temps, avec vous deux.  La culpabilité me rongeait. Je n’avais pas l’impression d’être à la hauteur de ma tâche de maman. Je me démenais pour offrir des activités à ton frère tout en prenant soin de toi. Ton dernier réveil la nuit se produisait vers 5h30 du matin et j’avais pris l’habitude de te prendre avec moi à ce moment-là dans mon lit pour tenter de récupérer quelques précieuses minutes de sommeil avant ton réveil définitif. Toi, tu te rendormais, mais moi, je restais les yeux grands ouverts, parfois inondés de larmes. Je voyais la journée qui s’annonçait comme une éternelle routine lors de laquelle je poserais les mêmes gestes, encore et encore. Je me sentais comme tomber au fond d’un précipice, dans lequel je tournais inlassablement en rond. Je ne voyais plus la lumière.

Cet état a duré un an. Aujourd’hui, je comprends que j’aurais dû appeler à l’aide bien plus tôt. Pourquoi je ne l’ai pas fait ? J’avais honte, je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à prendre le dessus et à être la mère que je souhaitais être. J’ai tout fait pour que mon mal-être intérieur ne paraisse pas dans mon comportement envers toi et ton frère. J’ai peur, cependant, que tu l’aies ressenti  malgré tout. Est-ce que tu as perçu tout l’amour que je te portais malgré ma souffrance ? Est-ce que tu me pardonnes de ne pas avoir été à la hauteur ? Comparativement à ton grand frère, je n’ai pas pu t’accorder ni le même niveau ni la même qualité d’attention.

Je vais bien aujourd’hui, mon amour. J’ai compris que je devais me permettre de ressentir ces émotions difficiles. Je ne t’en aime pas moins. J’ai aussi compris que, malgré mon amour incommensurable pour vous deux, je ne peux pas être maman au foyer à plein temps. Je suis de retour aux études et ce projet comble une partie de moi qui est essentielle à mon épanouissement et à mon bonheur. Oui, je l’admets, je trouve la maternité difficile. Mais quand je te serre contre mon cœur et que tu lèves vers moi tes grands yeux, remplis d’amour et de confiance, en me regardant comme si j’étais le centre de l’univers,  je sais que je suis exactement où je dois être et que l’amour que nous ressentons l’un envers l’autre est inconditionnel.

Je t’aime.

Mélina Morin
MÉLINA MORIN

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