La revanche de papa : moi, le papa payeur de pension

woman with money sad man

Les temps sont gris ici et j’ai besoin d’aide. Je suis ce bon père. Aimant, vaillant, le coeur sur la main. Celui qui s’oublie et qui est premier répondant aux besoins de son entourage. Je suis un homme de peu de mots car ce sont mes mains et mon coeur qui parlent pour moi. Je suis dans l’action concrète, loin de la passivité de l’intellectuel. Mon sens de la répartie, je le démontre quand le moteur de ma voiture me lâche ou quand la galerie d’un chum s’affaisse. Pas dans un « rap battle ».

Les temps sont gris ici et j’ai besoin d’aide. La mère de mes enfants est partie vivre avec l’amant. Cet amant qui a sué dans mes draps quand je n’y étais pas. Je ne lui reproche pas. Il en est ainsi quand le couple ne fonctionne plus. Ils vivent dans une grande maison avec garage double. Ils ont de belles motos. Ils ont de puissants VTT qu’ils exploitent selon l’humeur de la saison. Ils visitent la planète une à deux fois par année si j’en crois les clichés qu’ils affichent fièrement sur Instabook ou face de gramme, je ne sais plus.

Les temps sont gris ici et j’ai besoin d’aide. Je suis séparé et je n’ai la garde de mes enfants qu’une fin de semaine sur deux. « Lâche! Pourquoi ne pas t’être battu avec honneur pour la garde partagée!? » me direz-vous. Ce à quoi je réponds qu’une guerre juridique n’aurait servi qu’à me saigner davantage et écorcher au passage mes enfants. Le nouvel environnement de mon ancienne conjointe me surpasse de beaucoup aux yeux de la loi. Pour le bien-être de mes enfants, le bras de la justice m’aurait inévitablement tassé du revers de sa main glaciale et détachée. Elle a le bras long cette justice.

Les temps sont gris ici et j’ai besoin d’aide. Dans mon modeste appartement, je me sens isolé. Entre mes heures supplémentaires au garage qui servent aux besoins de mon ancienne conjointe, je regarde la télévision, ce tissu de mensonges en images. J’y vois ce que je ne vivrai jamais, mais j’encaisse car on m’a appris qu’être un vrai homme, c’est subir sa condition stoïquement, sans broncher, sans se plaindre. Je mange donc sans enthousiasme mes pâtes sans sauce et sans goût car je garde le meilleur de mon réfrigérateur pour les deux jours sur quatorze où mes enfants viennent me visiter. Je sens d’ailleurs tout leur amour lors de ce bref séjour, tout comme je sens parfois leur soulagement le dimanche soir quand ils retournent dans cet environnement qui est maintenant le leur.

Les temps sont gris ici et j’ai besoin d’aide. J’ai beau me contenter du minimum, je n’arrive pas à joindre les deux bouts malgré les heures de dingue que je fais au travail. Faire vivre trois enfants à distance, c’est demandant financièrement selon les calculs gouvernementaux. Je me dis que je serais peut-être plus riche si je me mettais sur l’aide sociale quand je regarde ce qu’il me reste de mes paies, mais j’ai toujours été fier et digne. Les enveloppes de 4e rappel des créanciers s’accumulent sur le comptoir et je ne les ouvre plus car je sais qu’il ne s’y cache pas de bons souhaits même si Noël approche de son pas lourd.

Les temps sont gris ici et j’ai besoin d’aide. Juché tout en haut du pont du Jacques-Cartier, je suis la gazelle coincée au sommet de la falaise trop escarpée pour que je puisse en redescendre sans dégâts. Caressant la cime des cieux, je suis loin des lions qui m’attendent en bas pour ne faire qu’une bouchée de moi. Le métal froid sur lequel je siège me semble plus confortable que le quotidien qui m’oppresse et m’étouffe. J’ai le néant dans la tête. L’espoir, tout comme cette société, m’a abandonné. Le vide sous mes pieds m’attire et m’invite à choisir la voie rapide pour atteindre le plancher des vaches. Paisible, je vois le rideau chuter avec fracas sur la scène de ma vie.

Les temps sont gris ici et j’aurais eu besoin d’aide…

Michael Melvin
MICHAEL MELVIN

22 thoughts on “La revanche de papa : moi, le papa payeur de pension

  1. Grenier Répondre

    Wow tellement touchant..je suis une maman qui croit que le papa fait partie integrante de la vie de mes enfants..je n ai pas besoin de son argent juste de sa presence aupres de mes filles. Que mes filles ne manquent de rien, surtout pas de la presence de leur pere..mes enfants ne m appartiennent pas, offront leur le meilleur incluant la relation avec leur papa et pas avec leur $$…

    1. Mélanie Répondre

      Je vis la même chose et vois les choses de la même manière. Dieu merci, nous avons les moyens de nous séparé et de subvenir aux besoins de nos enfants sans demander de pension. Il n’est pas nécessaire d’en demander lorsque l’autre parent paie la moitié des factures concernant les dépenses consacré aux enfants (hormis la bouffe bien sûr). Mais d’autres femmes n’ont pas notre chance, elle se sépare parfois de père violent avec elle et leurs enfants, le père refuse de prendre ses responsabilités financière et/ou physique alors je me garde de les juger. Mais oui, un père comme une mère doit être auprès de ses enfants et les parents devraient être prêt à faire des sacrifices pour demeurer près l’un de l’autre afin de rendre la vie de leurs enfants plus facile et permettre aux deux parents de voir leurs enfants.

  2. Julie Répondre

    Ouf… Je suis mère, séparée et malgré une rupture un brin difficile… J’ai toujours revendiqué le fait que les hommes paient cher de leur vie pour subvenir aux besoins de leurs enfants par le biais de la pension! C’est immoral et irréaliste surtout quand on voit des cas d’injustice aussi flagrant! Monsieur vit très (trop!) humblement alors que madame se paie la grosse vie… Et ce n’est pas rare! Malgré les hauts et les bas de la séparation, je suis fière d’avoir pris entente avec mon ex pour que la pension soit équitable et n’égorge aucun des 2 partis. Avec révision annuelle, consentement et égalité! Pour le bien des enfants!

    1. Stephane Répondre

      A vous lire je croit qu il y a des cas isolé, j’ai un ex qui fait travailler mes filles car la pension paie les véhicules et les immeubles à revenu , je ne voit pu mes enfants mais un jour je les retrouverez à leur maturité, d ici la je travail … et je ne croit pu à la justice

      1. Marie-Claude

        N’abandonne pas, car je connais trop de gens dans ta situations malheureusement et, si ça peut t’encourager, je vois des histoires qui se terminent bien.

        Ne lâche pas!

  3. Magaly AD Répondre

    Ce texte est d’une beauté malgré la cruelle vérité qui s’y retrouve. J’ai les larmes aux yeux en le lisant. Merci

  4. Karine Répondre

    Michael, je t’en pris, il y aura de meilleurs moments.

    Si tu as besoin d’aide, appelle les centres de crise: http://www.centredecrise.ca

    Bises et pensées positives.

    1. Stef Hébert Répondre

      Il faudrait qu’il aille dans une maison pour homme en difficulté. Ah non c’est vrai, ca n’existe pas pour les hommes, pourtant il y en a 42 pour femmes au Québec. Venez me parler d’égalité après. Je me suis reconnu dans son histoire et moi aussi j’étais assis sur une branche avec une corde au cou. Je ne l’ai pas fait mais…

  5. Louison Tremblay Répondre

    Je pense qu’avant de te jeter d’un pont, il faut s’affirmer davantage. Tu ne l’as même pas demandée, la garde partagée, comment peux-tu prétendre d’avance qu’elle ne serait pas accordée? Mais en as-tu vraiment envie? C’est évidemment un investissement plus complexe et qui change la vie que de s’impliquer au quotidien auprès de ses enfants. Les juges sont de plus en plus ouverts à la présence des deux parents dans la vie de leurs enfants. La jalousie manifeste que tu éprouves envers la bonne fortune de ton ex te gruge les énergies que tu pourrais mettre à t’en faire une belle vie toi aussi avec tes enfants. Et je ne parle pas de belle vie matérielle, il n’y a pas que ça dans une relation parentale! Allez, retrousse-toi les manches, fonce! Évidemment (une fois que tu auras décidé que c’est vraiment ce que tu veux) la première étape est d’aller rencontrer la mère de tes enfants pour l’informer que tu souhaites devenir plus qu’un père une fin de semaine sur deux. Elle ne va pas t’écouter? Elle va s’opposer? Qu’en sais-tu vraiment?

    1. Sophie poirier Répondre

      Louison, je ne crois pas qu’il ne veut pas se battre, mais je crois qu’il n’en a pas les moyens financier. Notre système est ainsi fait. Il en coûte des dizaines de milliers de dollars et cela prend des années. Ce qu’il dit c’est qu’il ne veut pas mettre ces enfants au milieu de cette bataille aussi. Ce qui est noble et humble. Le mieux c’est toujours d’essayer de s’entendre à l’amiable et nous en connaissons bien peu pour le conseiller.

    2. Vanessa Répondre

      Pour avoir un avocat, la personne doit donner un acompte qui peut aller jusqu’à 1000.00 et ça c’est à part ce que ça coûte après. S’il a de la difficulté à joindre les deux bouts en temps ordinaire, c’est encore plus difficile de ramasser de l’argent pour avoir un jugement. Et ça ne veut pas dire qu’il va l’avoir. Et ça c’est à part les imprévus.
      Je crois que si la mère est capable de subvenir à ses besoins et aux besoins des enfants sans pension, elle ne devrait pas en demander.

  6. Fanie Répondre

    Jai peur pour toi… je ne te connais pas mais j’ai envie de te prendre dans mes bras car si je le pouvais j’aimerais t’enlever un peu de cette douleur. Un jour à la fois…. svp parle à qqn…le soleil reviens toujours je te le promets.

  7. Diane Vaillancourt Répondre

    Je trouve ça affreux parce qu’ils à beaucoup de papa qui vivent ce ci et souvent c’est pas l’enfant qui en bénéficie de cette argent mais la mère et le beau père qui prennent leur vin en riant du papa qui se tue au travail pour joindre les 2 bouts 😖

  8. Michael Melvin Répondre

    Merci pour vos commentaires. Je tiens à dire pour ceux/celles qui s’inquiètent que ce n’est pas ma réalité mais bien une réalité que j’observe dans mon entourage. J’aime vous lire, merci encore d’avoir consacrer du temps à ce texte.

  9. Marie-Claude Répondre

    Les relations ne se terminent pas toujours bien et c’est souvent dans cette situation qu’on rencontre la personnalité inconnue négative de notre conjoint ou de nous.

    Ce que je ne comprend pas, c’est pourquoi, lorsque les 2 parents sont responsables, doit-on en arriver là? Ça me rend triste et je connais plus la situation qu’on le pense. N’abandonne pas!

  10. Christian Répondre

    Oufffff, je trouve ça ben ben plate pour les parents d’aujourd’hui oui, ceux et celles qui vive ça, parce qu’on sait qu’il y’a aussi des mères dans cette même situation « Même si c’est plus rare un peu »…
    Je trouve ça égoïste de la part de la personne qui profite de l’autre et de la loi en ce sens…
    Tu sais, il y’a des endroits ou tu peux avoir de l’aide, profite de cette aide, tu en as besoin, je sais que ça t’enlèvera pas les charges de la pension immédiatement, mais mieux comprendre et un mieux être dans ce que tu vis et ils vont aussi te donner les outils pour essayer d’améliorer ce pénible trajet de vie en essayant de voir les possibilités avec toi de peut-être prendre une garde partager et faire réaliser à l’autre que tu aime tes enfants, que cette action n’est pas seulement pour couper des dépenses de pension mais bien, pour le bien des enfants et de toi dans tout ça… Bonne chance !
    Garde la foi et crois en toi, et tu ira à tes buts et tu vivra heureux 🙂

  11. Annie Répondre

    Bonjour, je vous comprends tellement si voys saviez…. j ai aussi 3 enfants et je suis seperer depuis presque 3 ans apres avoir vecu 20 ans avec le pere de mes enfant. Apres qu il m ait quitter pour une amie, je travaillais a temps partiel et j arrivais pas avec la garde partager, je suis déménager pour avoir un meilleur travail et pouvoir subvenir aux besoins des enfants mais la juge a decider de ne pas sortir les enfants de leurs environnement et ils ont rester avec papa qui prend quand même bien soins d eux, je peux pas me plaindre la dessus mais il gagne 2 fois mon salaire et je dois donner presque toute ma paye en pension alimentaire, payer le gaz pour aller les chercher a plus de 400 km, payer les assurances parce que monsieur en a pas… en plus que les enfants arrivent chez moi une fds par mois sans linge et je dois leurs en racheter…. moi qui n a jamais manquer aucune sortie scolaire, aucune activité, aucun bulletin… ca m arrache le coeur… donc effectivement je vous comprends tellement et je pense qu on doit pas garder ca pour nous et faire entendre nos droit… pour le biens etre des enfants… perd pas espoir tot ou tard ils reviendront…

  12. Etienne Répondre

    Il existe des groupes pour soutenir les pères qui vivent une situation comme la tienne… Pères-séparés et les maison oxygène en sont… Je ne crois pas qu’un vrai homme doive accepter sa condition sans broncher… Je crois qu’être fort peut vouloir dire aller chercher de l’aide quand ça va mal… On a tous des moments de faiblesse… En tant que travailleur de rue je vois trop d’homme auxquels il ne reste plus que cet fierté, qui les a empêché de demander du support et qui maintenant les entraîne de son lourd poid vers le fond du baril… Par contre j’ai aussi vu des gens se reconstruire à partir de rien à 50 ans et atteindre un bien-être que je peux envier… Toute la force dont tu fait preuve en travaillant sans relâche et la grande créativité qui ressort dans ton texte peuvent te servir à te reconstruire une confiance en toi puis dans la vie…

  13. Sophie poirier Répondre

    Le système est malheureusement mal fait et nous sommes incapable de le changer à court therme. Tu te dois de focusser sur ce qu’il y a de plus merveilleux: tes enfants! Tu es père de 3 merveilleux enfants qui t’aiment. Tu ne peux pas partir, tu te dois d’être là pour eux et de manger des pâtes blanches sans sauce. Ce n’est pas si mal des pâtes blanches 😉. Tu te dois de te reprendre en main et de trouver de l’aide. L’argent on s’en fou! La famille est bien plus importante! Tu te dois aussi de refaire ta vie et d’être heureux. C’est plus facile à dire qu’à faire tu vas me dire. Je te dis que nous somme maître de notre vie et que tu te dois de voir le verre plus qu’à moitié plein. Pourquoi? Parce que des milliers de gens voudraient avoir ce que tu as des enfants en santés. Justice est toujours rendue. Fait attention à toi! Je t’envoie plein de courage et d’amour.

  14. YOHAN Répondre

    je te comprend mon ami je suie toujours dans la minime situation que toi
    mes moi je travaille plus je suie au bout du rouleau.
    mes aussi bizarre que sa soi ses l,amour de mes enfants qui me donne la force de me lever
    mais combien de tend je vais pourvoir me lever pour mes amours je ses plus .
    alors demains est un hôte jour .
    NE LÂCHER PAS LES ÉPREUVE QUE VOUS PASSÉ AUJOURD’HUI VOUS RENDRA PLUS FORD POUR DEMAINS

  15. Richard Dubé Répondre

    Wow, touchant et triste mais, c’est la réalité!

  16. Stéphane Bélanger Répondre

    Been there, Done that.

    Pour ceux qui jugent qu’il devrait se battre, je vous souhaite beaucoup de bonheur avec vos avocats. Je l’ai essayé et je me suis ruiné. Certain(e)s exs ne recherchent pas la bonne entente, ils/elles veulent se venger. Elle m’a promis de me mettre à la rue et de m’empêcher de voir mon fils et après $52 000 d’avocats et 11 ans de va-et-viens devant la cour de la famille, elle y est parvenu. Notre système de justice n’est pas parfait.

    Mais le soleil fini toujours par se lever pour chasser la noirceur. Mon fils a maintenant 17 ans. Il apprécie que je n’aie jamais parlé en mal de sa mère devant lui. Il comprends qu’un jour j’étais à bout de force et que j’ai tenté de survivre tout simplement. Aujourd’hui, nous nous entrainons ensemble régulièrement, campons, pêchons et voyagons ensemble. Il veut venir habiter chez moi dès la fin de l’année scolaire.

    Bref, il y a plus d’une façon de gérer la situation. On fait de son mieux. Et un jour, le vent tourne en faveur des gens de bonne volonté. La seule mauvaise solution, c’est de perdre espoir.

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