La culpabilité d’avoir un deuxième bébé

mother with newborn and brother

Quand j’ai su que tu t’étais fait une petite place dans mon bedon, toi, mon deuxième bébé, j’ai pleuré. J’ai pleuré de joie, mais spécialement pour ton grand frère qui perdrait si vite sa place de petit bébé. Ce soir-là, je l’ai bercé en pleurant et en le serrant de toutes mes forces comme si c’était le dernier jour de sa vie d’avant. J’ai pleuré de culpabilité. On m’avait avisée, plus d’une fois, que quand je deviendrais maman, je me sentirais coupable pour tout et pour rien. C’était bien vrai.  Je me suis sentie coupable que tu sois là.

Il y a tant de choses que je voudrais te dire mon amour.

Je voudrais te dire que je m’excuse de ne pas t’avoir flatté et parlé aussi souvent que je le faisais avec ton grand frère quand tu étais dans mon ventre. De ne pas t’avoir fait écouter de musique alors que ton frère devait connaître huit comptines sur le bout des doigts lorsqu’il est venu au monde.  C’est parce que quand arrivait enfin la nuit, maman était épuisée. Je voudrais te dire que je m’excuse de ne pas avoir pris le temps de savourer chaque moment de ma grossesse, parce que ton grand frère existait aussi et qu’il avait besoin de moi. Je m’excuse  d’avoir souhaité mille et une fois que tu sortes de là, parce que j’en pouvais plus, au lieu de savourer nos derniers moments de symbiose intensément et d’apprécier tes petits coups de pied. Je voudrais te dire que je m’excuse que tu sois arrivé dans ce joli chaos et que tu n’aies pas droit à la tranquillité que ton frère avait, parce qu’avoir deux ans ça fait du bruit. Je m’excuse aussi de ne pas avoir passé autant de temps à préparer ton arrivée, juste parce qu’un deuxième, c’est tellement pas stressant. Je m’excuse de parfois te laisser pleurer un peu plus longtemps, parce que je manque de bras et que ton grand frère a décidé que grimper sur la table était l’activité matinale.  Je m’excuse mon bébé.

Y’a pas mal de choses que je voudrais dire à ton grand frère aussi.

Je voudrais lui dire que je suis désolée de lui avoir arraché sa place de petit bébé pour te tricoter un petit nid dans notre belle famille. Je voudrais lui dire que je m’excuse de souvent le faire passer en deuxième et d’avoir moins de temps pour jouer à M.Patate. Je voudrais lui dire que je me sens mal quand je vais le porter à la garderie pour venir m’occuper de toi, même si je sais qu’il a bien plus de fun là-bas et que ce temps-là avec moi, il l’a eu lui aussi. Je voudrais lui dire que je m’excuse de ne pas être aussi patiente qu’avant, parce que je suis fatiguée et que toi, tu ne fais pas toujours dodo la nuit. C’est tellement pas de sa faute tout ça.

Je voudrais aussi lui dire que je suis tellement fière du grand frère protecteur qu’il devient.  Que chaque fois qu’il te redonne ta suce ou qu’il flatte ta petite tête pour te consoler, mon coeur veut sortir de ma poitrine tellement je vous trouve beaux. Je voudrais lui dire que chaque jour il m’épate et qu’il grandit en beauté, même s’il n’est plus le seul bébé de la maisonnée.

Je pourrais m’excuser encore longtemps pour tout et pour rien. La culpabilité, elle est pas mal présente quand on devient maman.

Mais ce que je voudrais surtout vous dire mes bébés, c’est que malgré toutes mes faiblesses et cette maudite culpabilité, je fais vraiment de mon mieux pour vous deux. Je vous aime différemment, mais aussi fort l’un que l’autre. Je voudrais vous dire que je fais tous les efforts du monde pour prendre le temps de passer des moments de qualité avec vous deux chaque jour. Que je suis fière de la famille que nous sommes et que j’ai hâte de vous voir jouer ensemble, partager des intérêts et de parfois vouloir vous arracher les cheveux. Juste parce que c’est beau et précieux, la fratrie.

Je voudrais vous dire que je fais de mon mieux pour que vous grandissiez en beauté et que vous soyez fiers d’être mes enfants, que jamais je ne regretterai ma vie d’avant et que je vous aime plus que tout ce qui existe déjà!

Josianne Robichaud
Josianne Robichaud

2 thoughts on “La culpabilité d’avoir un deuxième bébé

  1. stephanie tremblay Répondre

    WOW, maintenant que mes enfants ont 15 et 12 ans…. grâce a ce texte, je comprend mieux ce qui s’est passé… J’étais tellement absorbée par mon rôle de maman et le travail… que j’ai rien vu de ça… mais en effet, cette culpabilité, je l’ai ressentie aussi, assez, que ça a affecté mon 2e bébé, maintenant une belle grande fille de 12 ans, qui se cherche et qui ne comprend pas, qui trouve qu’elle n’a toujours pas de place… Ce qu’elle vit, je l’ai vécu en étant un 2e enfant aussi… Je ferai lire ce texte a mes enfants… peut-être que ça aidera a comprendre un peu, comment c’était sur le côté de maman aussi, pas de leur faute, mais triste réalité quand même… Superbe texte… merci de l’avoir partagé…

  2. Janclaes Répondre

    Merci Madame pour ce texte poignant de vérité et de beauté. Chaque mot, chaque phrase est tellement vrai…
    Vous avez résumé ma nouvelle vie de maman2 à la perfection !

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