J’ai peur que tu meurs, Maman

daughter and mother in the kitchen

J’avais sept ans et j’étais couchée sur tes genoux la première fois que j’ai réalisé tu allais partir. Qu’un jour ou l’autre, j’allais devoir marcher sans toi. Loin de ta voix. Loin de ton odeur rassurante et de tes bras, toujours ouverts pour accueillir mes joies et mes peines d’enfant. J’ai pleuré. Beaucoup. Et tu m’as dit que lorsque tu partirais, je serais grande et je serais prête.

La vérité, Maman, c’est que vingt-cinq ans plus tard, rien n’a changé.

Je ne peux toujours pas admettre que viendra le moment où je ne pourrai plus t’appeler pour te raconter mes déboires, écouter l’histoire de ton dernier roman policier. Que je ne pourrai plus simplement décrocher le combiné pour que tu me rappelles à quel degré les patates au four doivent être cuites ou que tu me donnes pour la huitième fois la recette du gâteau au butterscotch dont je raffolais quand j’avais cinq ans.

Je ne peux toujours pas admettre que viendra le moment où la porte de la maison ne s’ouvrira plus sur ton visage lorsque j’y cognerai. Qu’on ne s’assiéra plus autour d’un café pour que tu m’écoutes plus que tu parles. Je parle trop, je sais. Mais toi, tu ne me le dis pas. Tu m’écoutes toujours avec la même attention. La même que tu me portes depuis trente ans.

Je ne peux toujours pas admettre que viendra le moment où je ne pourrai plus me blottir au creux de tes bras. Parce que ça va bien. Parce que ça va mal. Parce que c’est avec toi que j’ai envie de fêter mes victoires et pleurer mes défaites.

Je ne peux toujours pas admettre que viendra le moment où je perdrai mon plus grand repère. Celui qui me rappelle que peu importe ce qu’il y a derrière et ce qu’il y a devant, tu es là et tu m’aimes de cet amour qui répare tout.

Maman, quand tu partiras, j’ai peur d’oublier le son de ta voix, j’ai peur d’oublier tes caresses, d’oublier ton visage. J’ai peur que les souvenirs s’amenuisent. Il me semble que trop d’entre eux prennent déjà le large et m’échappent.

Après toutes ces années je t’aime toujours aussi fort et de la même façon. Après toutes ces années, j’ai encore besoin de toi.

Parce qu’au fond de moi, je serai toujours la petite fille qui a peur que tu meurs, Maman.

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4 thoughts on “J’ai peur que tu meurs, Maman

  1. Nadie Répondre

    Je pourrais dire exactement la même chose, mais avec mon papa. Ce fut très difficile pour moi lorsqu’il nous a quittés l’automne dernier. D’où l’importance de profiter de chaque moment le plus possible. Aujourd’hui, je veille sur ma petite fille comme mon papa a veillé sur moi…

  2. Karine Brosseau Répondre

    Ton texte fut publié exactement 3 mois après le départ de ma maman. Et là, près de 6 mois s’est écoulé et je dois t’avouer qu’effectivement nous ne sommes jamais prêt. Et … C’est difficile. N’essaie pas de t’y préparer, celà gâcherait le moment présent. Profite de chaque moment! Vis, fais des projets (avec elle) comme si vous n’alliez jamais mourir et aimes/apprécies comme si chaque jours était le dernier. La force et le courage viennent avec l’épreuve.

  3. Sarah B Passarinho Répondre

    Ma maman m’a quitté il y a plus de 3 ans… trop vite, trop tôt… ton texte me touche tellement, dure réalité auquel j’ai du faire face trop tôt…..
    Aimez-vous, collez-vous, vivez des folies et riez, rie beaucoup xxx

  4. FRANÇOIS Yvette Répondre

    Ma mère est partie il y a 9 ans. Jusqu’à ce qu’elle parte je n’y pensais jamais mais quand son état c’est dégradé je l’ai accepté, contrairement à ma soeur. Si j’ai accepté de son départ, et pas de décès, parce que pour moi c’est plus acceptable, elle a eu une vie bien remplie. Un autre départ qui m’est difficile d’accepter, celui-là, c’est celui de ma filleule, elle a choisi de partir à cause de son mal être, elle allait avoir 31 ans. Alors, lorsque je lit sur internet qu’un tel est en deuil parce qu’il a perdu son chat, son impresario, ou tout autre sujet de ce genre, cela m’agace passablement car le deuil est personnel pas collectif. Merci pour ce beau texte.

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