La mort de ton enfant à travers tes yeux de père

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Ton bébé.  Planifié.  Désiré.  Attendu.  Neuf mois.

Neuf mois, à le regarder grandir à travers le ventre toujours plus arrondi de celle que tu aimes. Neuf mois à la regarder prendre soin d’elle, pour offrir à votre enfant tout ce qu’elle a de mieux. Neuf mois à la regarder aller et à te dire que tu es fier qu’elle soit celle qui porte ton enfant, celle qui sera sa maman.  Neuf mois à imaginer ton petit, à lui faire une place dans ton cœur, une place dans ta vie.

Neuf mois, puis l’absence de battements de cœur.  L’inquiétude, la panique, puis le verdict : petit cœur s’est arrêté, c’est terminé, bébé vous a quittés.  On vous explique que maman devra accoucher.   Mais vous retournerez seuls à la maison.  Tu ne comprends pas.  Comment comprendre l’incompréhensible?  La mort qui fauche une si petite vie, c’est irréel.   Mais la douleur fulgurante qui vous happe à ce moment elle, n’est que trop réelle.

Neuf mois, puis un accouchement insupportable.  Tu regardes ta femme souffrir.  Tu vois sa souffrance physique, mais c’est de ressentir au plus profond de toi sa douleur à l’âme qui t’est insupportable.  Cette douleur de mettre au monde son bébé, mort-né.  Tu aimerais la soulager un peu de cette épreuve, arrêter ce calvaire, mais c’est elle qui doit le faire, seule.  Tu es là, à ses côtés, démoli, un peu perdu et tellement impuissant.

Neuf mois, puis son silence.  Bébé est là, dans les bras de maman.  Tu sais que le temps avec son petit corps est compté.  Tu essaies de profiter des minutes précieuses que vous avez avec lui pour graver à jamais son beau visage dans ta mémoire.  Tu le prends en photo, parce que c’est tout ce que vous pourrez rapporter avec vous.  Des images.  Vous tentez de vous rassasier de lui, vous le caressez, l’embrassez, lui parlez, puis dans une peine incommensurable, vous le laissez aller.

Neuf mois, puis la douleur de l’absence.  L’absence de ton enfant, l’absence de réconfort.  Parce que les gens ne savent pas quoi dire, ni quoi faire, devant cette perte immense.  Puisque aucun mot ne semble assez juste pour exprimer leur peine envers vous, le silence est souvent celui qui parle à leur place.  Plusieurs croient aussi à tort que de ne pas vous en parler vous aide à oublier.  Mais que t’en parles ou pas, la douleur est là, vive, toujours, tous les jours.  Ton fils est là, dans ton cœur, dans ta tête.  En parler te fait du bien, tu lui permets de continuer d’exister.

Neuf mois, puis ces questions qui t’habitent.  Tu te demandes si tu n’aurais pas préféré voir ses yeux éveillés.  Juste quelques minutes.  Si t’avais pu, t’aurais tellement aimé sentir son petit souffle, l’entendre pleurer, le voir bouger, te présenter à lui pour qu’il entende ta voix.  Même deux minutes, juste deux minutes.  Juste le temps de lui dire que tu l’aimes et que tu es là.  Profiter de deux minutes de sa vie, avant qu’elle ne soit finie.  Tu te demandes pourquoi son cœur s’est arrêté. Tu ne le sais pas.  Tu ne le sauras jamais.

Les jours s’écoulent, lentement, difficilement.  Tu trouves le réconfort dans les bras de ta femme.  Elle trouve le sien dans les tiens.  Parce que vous seuls comprenez exactement ce que l’autre ressent.  Vous seuls avez perdu cet enfant.

Les mois, puis les années passent.  La douleur s’est apaisée, doucement, pour laisser place à un doux souvenir de ton enfant.  Maintenant, quand tu penses à lui, le plus souvent, c’est un  sourire qui se dessine sur ton visage.  À présent, tu trouves ton réconfort en pensant à comment ta femme en a pris soin, quand il était en elle.  Tu es convaincu qu’elle n’aurait pas pu faire plus, ou mieux, pour lui.  Tu sais qu’il a senti tout l’amour qu’elle lui portait, et ce, à chaque seconde de sa vie utérine.  Tu aimerais que ta femme en vienne à croire la même chose que toi.  Tu voudrais que la blessure de son cœur rongé par la culpabilité se cicatrise.  Tu aimerais qu’elle soit aussi convaincue que toi qu’elle a fait tout ce qu’il fallait pour son bébé.

Parce que c’est ce qu’elle a fait.  Elle l’a aimé, comme toi tu l’as fait, et comme vous le faites encore aujourd’hui, même s’il est parti.

Parce que c’est votre enfant, et ça le restera tout le temps.

 

Meliane
MELIANE

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