La panne d’électricité ou la catastrophe des temps modernes

blackout flashlight

Début avril, moins dix degrés, pu d’électricité.  La catastrophe pour les humains du vingt et unième siècle que nous sommes.  En tant que parents, on se classe en haut de la liste des personnes étant le plus pénalisées par ce genre de situation.  Tu te rends rapidement compte que tu es absolument et complètement dépendante de cette sacro-sainte électricité.  Toutes les idées de choses à faire qui te viennent en tête impliquent nécessairement son utilisation.  Qu’on parle ici de mettre un film, prendre une douche ou même cuisiner… tout y passe.

Tout commence par un simple arrêt de quelques minutes.  À ce stade-ci, tous, y compris toi, ma belle, trouvez ça quasi drôle.  Tu essaies d’expliquer rapidement la situation à ta jeune marmaille et hop, le courant te gratifie de sa magnifique et nécessaire présence.  Tu essuies la sueur froide qui commençait à perler sur ton front, puis, vous retournez tous vaquer à vos occupations pré-panne, ou enfin, semi-panne!

Tout va bon train lorsque, une heure plus tard, la panne reprend. Cette fois par contre, c’est pour de bon.  Comme c’est l’heure de souper,  tu dois rapidement trouver une solution.  Pensant naïvement que le courant reprendra sous peu, tu décides de rester chez toi, de commander de la pizza et d’allumer des p’tites chandelles qui sentent bon. Non seulement tu vas créer de l’ambiance, mais on s’entend que tes précieux vont assurément trouver ça super cool comme dimanche soir. Si seulement la pizzeria avait eu du courant…

À ce moment-ci, ton cerveau de survivante se met en branle.

Et c’est là que, dans ta réflexion, avant de céder à la panique, tu te demandes le plus scientifiquement du monde, ce qu’aurait fait Émilie Bordeleaué. Elle aurait probablement fait bouillir un ramassis de cossins dans une marmite sur son poêle à bois, mais toi ma belle fille des temps modernes, t’en possèdes pas de poêle à bois, ça fait que tu passes au plan B et tu sors le vieux caquelon à fondue au gaz que la tante Jocelyne t’as refilé dans l’échange de cadeaux du dernier Noël!  Yes, encore une fois, avec des chandelles, ça va être presque romantique pis tes enfants ont encore jamais mangé ça, des p’tits bouts de viande entortillés sur une fourchette, ça fait que ça semble presque exotique. Tu installes le tout, tu prépares tes sauces et tout le tralala à la lueur de ta chandelle en faisant très attention de ne pas trop ouvrir le fridge (tu as d’ailleurs débriefé la famille à cet effet dix minutes plus tôt) pour naturellement te rendre compte que t’as pu de p’tit bleu à fondue! Avant, encore une fois, de tomber dans l’envie de pousser un joyeux es#@$!%?%, tu te ressaisis et te remets dans la peau d’Émilie B.  Tu envoies donc ton homme acheter du p’tit bleu à fondue au même titre que Mlle Bordereau aurait envoyé son Ovila chercher du bois!

Ta petite famille semble apprécier l’aspect camping émergeant de la panne d’électricité qui dure maintenant depuis un pas mal trop long moment à ton goût. Le enfants t’assaillent de mille et une demandes de jeux-activités-film. Tu essaies tant bien que mal de leur expliquer que la télé ne fonctionne pas pour la même raison qu’il n’y a pas de lumière dans la toilette. Devant le regard vide de la plus jeune, tu décides que te n’as pas vraiment envie de te lancer dans des explications plus techniques et sors  le jeu de serpents et échelles.  À la lueur des vingt-trois bougies que tu as allumées dans le but d’éclairer, voire chauffer la pièce qui se refroidit peu à peu, t’essaies de jouer avec la marmaille sans trop pogner les nerfs (lire ici, délirer).  Quelques minutes plus tard, t’as le bout du nez gelé pis tu es joyeusement à boutte et comme tu remarques que les enfants semblent montrer quelques signes de fatigue, ou peut-être d’hypothermie, t’es pas trop sûre, tu call l’heure du dodo… pour tous.

Tu expédies tout le monde chacun dans son lit et t’en remets toi aussi à Morphée!  Il fait froid, mais avec une couple de couvertures, dans ta tête, vous allez passer une bonne nuit.

3h00 du matin, tes enfants débarquent, se plaignent du froid et vous décidez de vous regrouper, chien y compris, afin de vous réchauffer et peut-être dormir un peu… qui sait?! Pendant ce temps,  père indigne, lui, malgré le froid, a décidé de dormir en bobette et ronfle de bien-être.  Pendant que tu essaies de dormir entre les ronflements, les p’tits pieds de fille aînée dans la figure et l’envie de pipi qui ne te quitte pas en raison du frette qui règne dans ta chambre, tu te mets à penser à deux choses : de un, tu regrettes amèrement de t’avoir épilé les jambes et tout le reste… le poil est un excellent isolant corporel… Émilie l’avait sûrement compris elle; et de deux, si vous mourez pas d’hypothermie comme Jack dans Titanic, tu te promets que demain, tu réserves une chambre dans un hôtel… chauffé, t’sais!

C’est à ce moment précis que l’électricité vous gratifie de sa chaleureuse et rassurante présence et qu’en folle dépendante que tu es, tu te sens déjà beaucoup mieux! Puis, tu regardes ta belle gang endormie et te demandes si tu devrais aller reporter tes petits humains chacun dans leur chambre, mais en viens à la conclusion que non.  Malgré le fait que tu perdras peut-être un ou deux orteils ainsi que le bout de ton nez, au final, cette panne, elle aura toujours bien réussi à tous vous rapprocher toi pis ta petite famille qui vivez dans ce monde moderne où la chaleur humaine a, malheureusement ou heureusement, fait place à l’électricité.

 

Isabel Lepage
ISABEL LEPAGE

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