Ces matins de m*rde

angry little girl have breakfast

C’est le matin.

L’heure du déni.

Ce moment où tu es encore en position fœtale en dessous des couvertes, en train de rêver que t’as au moins deux ans de plus pour dormir. T’es au chaud, tes cernes commencent tout juste à se résorber. Puis BOOM. Ton enfant creepy arrive silencieusement de ton côté de lit et te fixe avec sa suce dans la bouche et ses cheveux grichoux. Tu te réveilles au seul son de son respire et déjà, t’es stressée. T’as déjà une épée de Damoclès suspendue au-dessus de ta tête parce que tu ne sais pas si ce sera un sourire ou une crise inutilement désagréable qui sortira de sa petite bouche.

Merde. Elle pleurniche parce que t’as ouvert l’œil gauche au lieu de l’œil droit.

À ce moment, tu comprends qu’avant même d’avoir sorti un doigt de tes couvertes, CHAQUE étape de ta matinée sera un enfer. Un calvaire qui te tirera le peu de jus que t’as pu récupérer pendant ta nuit.

Moins de jus dans le corps = plus de caféine dans les veines s’il-vous-plaît.

Ok go. On se met à la verticale.

Tu lui fais sa routinière toast au beurre de peanut. T’as alors droit à des pleurs parce que ce matin, elle a décidé qu’elle changeait ses goûts et qu’elle veut des céréales.  C’pas les céréales, le problème. Le problème, c’est qu’elle m’avertit pas de son changement soudain de goût et considère que moi, la conne, j’aurais donc dû le savoir.

Fait que tu lui fais un beau bol. Mais quand tu le mets devant elle, t’as encore droit à des larmes. Elle ne veut pas le bol mauve, mais le rose. Tu prends un grand respire pour garder ton beau sourire. Toi, t’as de la misère à trouver deux bas agencés avant de partir travailler, mais la p’tite maudite, elle, doit manger ses Froot Loops dans le bon bol de la bonne couleur. Ça va, la princesse?

La suite est semblable. Que ce soit pour la couleur de ses bobettes, le chandail que tu lui as choisi, le fait que tu as décidé de te faire une couette (oui, ma fille pleure parce que mes cheveux sont attachés), le jus d’orange au lieu du jus de pomme, la brosse à la place du peigne, TOUT devient un motif de crise. À chacune d’elles, tu perds ta patience et ta motivation, goutte à goutte.

Et là. C’est au moment où elle décide de se mettre à courir quand t’essayes de lui mettre ses bas que ça y est, tu pètes une coche. LA coche. Une SOLIDE coche. Tu t’es même pas brossé les dents que t’as déjà atteint le point de non-retour. Engueuler son enfant c’est déjà pas nice, mais on dirait que le faire avec la mauvaise haleine du matin, ça te scrape une journée.

T’as utilisé toutes les ressources que t’avais à ta disposition pour éviter ce moment-là. T’as essayé de choisir tes batailles, de lui donner ce qu’elle voulait, de faire des avertissements et des conséquences, de la menacer, t’as essayé de la faire rire, t’as mis son film préféré, t’as enlevé son film préféré… mais rien n’a fonctionné.

Elle est chiante et veut te siphonner la moelle jusqu’au bout. Elle a réussi. Je rappelle que y’est pas encore sept heures.

T’aurais eu envie de lui donner une mornifle pour la saisir (une claque, expression de 1930 que ma grand-mère utilise), mais tu t’es contentée de t’en donner une à toi-même, en pleine face, pour te réveiller.

Quand vous êtes dans l’auto, en route vers la garderie, c’est là que tu culpabilises. Ses petits sanglots de fille-qui-a-vu-sa-mère-exploser-avant-le-lever-du-soleil te font filer cheap.

Elle a eu beau avoir été la plus désagréable de tous les enfants de l’univers, tu te sens quand même coupable de devoir la quitter fâchée. Tu pleures même déjà peut-être, brûlée par tes premières heures de la journée.

Ça fait que rendue à la garderie, tu remets ton sourire dans ton visage et tu ravales ta rage. Tu fais des petites blagues à ton bout’chou pour la faire rire. Tu la serres fort dans tes bras et la couvres de bisous. Pis quand tu t’en vas et qu’elle pleure en te voyant partir, t’as une petite satisfaction en te disant que malgré tout ça, elle ne se rappelle que d’une seule chose à travers ce matin de m*rde…, c’est que malgré tout, elle t’aime.

Et toi aussi.

La fille du Saguenay
KATHLEEN ALLARD

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