J’ai peur d’oublier

woman laugh with baby

Mes enfants,

Vous grandissez et je réalise qu’il y a tellement de moments uniques, de choses, que je veux pouvoir revivre dans ma tête. Le temps qui passe a laissé la place à une peur sournoise, celle d’oublier. Tous les albums de scrapbooking et les millions de photos et de vidéos ne semblent pas calmer ma crainte, ni apaiser ce besoin viscéral de me rappeler.

Je voudrais me rappeler de tout, mais tout évolue, propulsé par le temps, qui se fout de mes craintes, de mon amour et de mes besoins. Il est là, il fait son travail et vous grandissez au son de son tic-tac régulier.

Je veux me souvenir de votre odeur de bébé, de votre voix, de votre premier mot, mais aussi de la première fois où vous avez dit les noms de vos frères, du son de votre voix quand elle est encore pleine de sommeil et que vous me racontez un rêve, du premier «je t’aime», des nombreux moments où vous fredonnez un air que je vous ai chanté avant même votre naissance.

Je ne veux pas oublier votre main qui tient mon doigt, ni votre petite main qui prend la mienne pour se relever ou nos doigts qui s’entrelacent. Je ne veux pas oublier cette main qui me repousse pleine d’assurance et de détermination, ni celle qui est brandie dans un salut juste avant de monter pour la toute première fois dans l’autobus.

Je ne veux pas oublier l’excitation dans vos yeux, l’émerveillement devant les découvertes de la vie, cet émerveillement contagieux qui me fait redécouvrir les futilités uniques du monde, de la neige, des lumières de Noël ou de la beauté de la mer. Mais surtout, je ne veux pas oublier l’intensité de votre regard dans le mien et sa franchise et toutes ces vérités qui y étaient enfouies et que je découvre en vous admirant.

Je ne veux pas oublier, mais le temps passe et j’ai l’impression que tous ces moments uniques, magiques, individuels et familiaux, passent eux aussi. Et ni mes photos, ni mes pages remplies de mots décrivant ces moments magiques ne peuvent les empêcher de filer.

Alors je les vis. Avec toute la force et la sincérité que je peux, je vis ces moments du quotidien comme si c’était la dernière fois. J’essaie de vivre le moment présent, de saisir tout ce qui doit être saisi. Je remplis ma tête, mais surtout mon coeur, de vous. Je réalise que lui n’oublie pas l’essentiel, qu’il garde tous nos souvenirs à l’abri. Je réalise que votre coeur à vous garde aussi en mémoire tout ce que nous vivons, gravé à même sa chair. Je sais qu’il ne gardera pas un souvenir clair de  toutes les sorties et vacances en famille.

Mais je suis persuadée qu’il se rappellera des rires, du bonheur et de l’amour.

Et ce sera l’essentiel.

Cyntia Dubé
CYNTIA DUBÉ

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