Ma naïveté de poids de grossesse

pregnant woman on scale

« Me semble qu’un bébé dans le ventre de sa mère, ça a besoin de place, beaucoup de place. » C’est probablement ma nature claustrophobe qui m’amenait à avoir cette idée complètement farfelue que mon fils allait manquer de place dans mon ventre. J’avais peur qu’il se sente pris, pogné comme quand je prends l’ascenseur ou que je dois entrer dans un endroit gros comme ma main. Pour moi, c’était inconcevable de faire vivre ça à mon bébé, alors je lui ai fait de la place.

Vous allez me demander comment j’ai fait ça ? Et bien j’ai grossi. Grossi et engraissé encore et encore. Je voulais tellement avoir une belle grosse bedaine ronde. Il était impératif que ma grossesse devait paraître, qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur mon état de gestation. C’est ce qui s’est produit. Je vous jure que ma grossesse ne pouvait pas passer inaperçue. J’en ai pris conscience de façon officielle autour du sixième mois. 90% des gens que je rencontrais me regardaient avec les yeux ronds comme des deux piastres. « Mon dieu, t’as donc ben une grosse bedaine ! Tu dois accoucher bientôt ? » Ouin, bientôt genre dans trois mois…

Avant le début de ma grossesse, je pesais cent vingt livres. Je pesais ce poids-là depuis des années et je n’ai jamais été le genre de fille à capoter avec son poids ou à s’inquiéter de ça. Une fois enceinte, tout ce que je voulais, c’était que mon bébé soit en santé et qu’il se développe normalement. Je ne me suis jamais inquiétée de mon poids de grossesse, mon médecin non plus. La courbe de ma bedaine était normale malgré le poids que je prenais rapidement.

Je me souviens m’être fait dire que pendant une grossesse normale, on pouvait prendre entre vingt et trente livres. J’ai définitivement défoncé toutes les statistiques. Il faut dire que j’avais un appétit hors du commun. J’étais moi-même surprise de constater que je n’avais aucune sensation de satiété. Jamais je n’ai ressenti plus la faim. Je pouvais aller au restaurant, manger une grosse assiette, un dessert, finir l’assiette de mon conjoint et arrivée à la maison, manger une collation. Je ne ressentais plus cet état de malaise qui nous habite lorsqu’on mange trop. C’est ainsi que de fil en aiguille et de crèmes glacées molles en crèmes glacées dures, je me suis retrouvée à deux cents livres à la trente-cinquième semaine.

À partir de ce moment, je pense que je suis passée de la phase de la naïveté à celle du déni. J’ai ignoré volontairement les livres supplémentaires que j’ai prises. Le médecin qui me suivait faisait le saut à chaque rendez-vous quand il soulevait mon chandail pour voir ma bedaine.  Sauf que moi, à ce moment-là, je m’en faisais pas trop. Je me disais que c’était normal parce ça prenait de la place pour mon bébé. J’étais bien contente de me traîner (de peine et de misère parfois) avec mon énorme bedaine comme si j’étais enceinte de quintuplés.

Quand je suis sortie de la phase du déni, je suis entrée dans la phase choc de la réalité post-accouchement. Parce que dans ma naïveté de grossesse, je pensais qu’une fois le bébé sorti, je serais capable de porter mes jeans et les belles bobettes que je mettais avant de tomber enceinte. Ben quoi ? Le Mieux-Vivre ne m’a pas dit que c’est pas comme ça que ça marchait. C’est en panique que j’ai appelé ma mère au jour un de ma nouvelle vie.

-Moi : « Salut maman ! Tu vas venir voir le bébé à l’hôpital tantôt ?»

-Maman : « Oui, moi et ton père, on va être là dans deux heures environ. »

-Moi : « OK, j’aimerais ça que tu arrêtes chez Walmart pour moi. »

-Maman : « Pas de problème, tu as besoin de quoi ? »

-Moi : « J’aimerais ça que tu m’achètes les plus grosses serviettes sanitaires que tu vas trouver dans le magasin et les plus grosses bobettes Fruit of the loom possible parce que je ne sais pas où je pensais aller avec mes petits protège-dessous et mes petites bobettes cutes, mais c’est pas un Club Med icitte.  Ah oui, pis je suis loin d’embarquer dans les pantalons que j’ai mis dans ma valise, alors une paire de jogging large, ça ferait bien mon affaire aussi. »

C’est comme ça que je suis revenue chez moi au bout de trois jours avec un beau bébé et dix livres en moins. J’étais heureuse pas possible et aussi un peu découragée de ce qui m’attendait comme poids à perdre.

Mais bon, mon bébé m’a vite rappelé que l’important pour moi, c’était qu’il était en santé. Mon corps j’aurais bien le temps plus tard (ou pas) de m’en occuper.

Marie-Ève Baillargeon
MARIE-ÈVE BAILLARGEON

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