3 mythes et réalités sur le portage et l’attachement

mother-child carrier

Constat numéro un. Si tu as appris comment être capable de pratiquer le portage dans toutes les occasions possibles/même quand tu vas aux toilettes, tu sais maintenant que tu es la meilleure mère du monde et que tu auras un attachement très fort avec ta progéniture.

Sauf que ce constat n’est pas tout à fait fondé.

Constat numéro 2. Un parent qui pratique le portage avec son bébé est un parent  incapable de se détacher de son enfant et qui crée une dépendance chez sa progéniture. En plus de vouloir toujours être dans les bras, il sera incapable de se rassurer seul dans l’avenir.

Sauf que ce constat n’est pas, lui non plus, tout à fait fondé.

Le portage est le nouveau débat viscéral concernant la maternité.  Toutes sortes de personnes évoquent des arguments qui ont (oui oui) fait ébouriffer mes sourcils de stupéfaction.

Vous ne savez pas trop quoi penser des bienfaits ou des risques associés au portage sur le développement des bébés? Vous considérez que les adeptes de portage font partie d’une secte dangereuse? Vous êtes une adepte de portage et êtes convaincues du constat no.1?

Ce billet informatif est pour vous! Vous saurez (au moins) maintenant quels éléments évoquer pour parler de votre opinion.

#1  Porter son bébé développe l’attachement : faux (j’entends d’ici votre réaction)

Maintenant que j’ai capté votre attention, voici. Le développement de l’attachement est beaucoup plus complexe que de porter sa progéniture dans un sling. Avoir son enfant sur soi facilite les marques d’affection : bisous, contact chaud près de la peau, tapoter les fesses, etc. SAUF QUE. L’attachement n’est pas une question de cœur, mais de CERVEAU. Les câlins, les gagas et les bisous sont loin d’être les seuls éléments nécessaires à la construction de l’attachement. D’ABORD, la confiance du poupon se bâtit par la capacité du parent à décoder les besoins de son enfant, d’y répondre de façon logique dans un délai raisonnable ET de façon chaleureuse (jargon psy : la sensibilité parentale). Le bébé en pleurs est stressé et en « survie ». La réponse du parent le calme et envoie un message à son cerveau de sécurité. En gros, t’as beau donner quarante-douze bisous par demi-heure et chanter quatre-vingt-neuf Frère Jacques dans ton écharpe Dahlia, c’est ta capacité à découvrir que ton p’tit a faim, soif, froid, chaud, mal au ventre, et de tenter d’y répondre du mieux que tu peux, avec toute la patience que t’as, qui compte, portage ou pas.

SURPRISE! Le besoin de proximité, d’être sécurisé par le contact est un VRAI besoin. Au même titre que de boire du lait. Alors, oui, le portage peut aider à répondre à ce besoin-là. Et parfois, lorsque bébé-pleure-sans-arrêt-pis-y’a-rien-qui-marche, oui le portage peut être utilisé pour sécuriser bébé en lui démontrant que le parent reste présent pendant sa crise de « je ne me comprends plus moi-même ». MAIS, entendez-moi bien (là là), une maman non adepte du portage qui choisit de prendre son bébé dans ses bras, le déposer deux minutes dans son parc pour souffler, le redéposer pour aller faire pipi (alouette), tourner en poussette autour du bloc est AUSSI une maman qui sera capable de développer son attachement avec son bébé et ce, parce que le développement de l’attachement, c’est plus complexe que ça.

#2  Porter son bébé développe la communication : faux

Le portage favorise la communication, mais n’est pas responsable de son développement. À portée de bisous, le portage amène une facilité d’échanges, parce que bébé est « comme dans ta face ». MAIS, la table à langer et la chaise haute pleine de nouilles sont AUSSI des scènes parfaites pour de la jasette très sérieuse. Et, soit dit en passant, en répondant de façon extraterrestre à votre bébé qui fait tttttttaaaaaaaaaaaaaaa gaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa par les mêmes sons, vous établissez les premières bases de la communication réciproque dans les étapes de l’attachement (ma mère me répond, alors je suis important. Ma mère rit, alors je suis drôle.)

#3  Porter son bébé trop souvent peut brimer le développement de bébé : vrai

Quand le portage se fait harmonieusement de façon dosée, selon les besoins de proximité des deux parties, jusque-là on est en business. Le but final de l’attachement, lorsque cette relation est bien établie, c’est le détachement, voire l’exploration. Un bébé qui n’a jamais la chance d’aller explorer, car il est trop souvent en portage, peut développer une insécurité à long terme. C’est un peu comme rester dans la maison 24 heures/24, 7 jours/7; lorsque bébé sent le vent pour la première fois, c’est comme le mettre au milieu d’un rave. C’est paniquant. Explorer par terre, c’est la même chose. Il doit explorer graduellement. Un bébé qui a de la difficulté à s’éloigner n’est pas automatiquement mal « attaché », il est peut-être juste plus anxieux. De plus, être sur le ventre, ramper ou trotter à quatre pattes sont des étapes primordiales pour le développement moteur et du système nerveux central (les ergothérapeutes me donnent des points en lisant ça).

Aussi, un parent qui installe toujours le bébé en portage malgré son désir de jouer « tu seul » avec ses bébelles, est à risque de créer un enjeu dans la relation si cela est maintenu à long terme. Au même titre qu’un parent qui ne pratique pas le portage, mais qui garde toujours son enfant dans ses bras ou dans une chaise haute, malgré l’insistance du bébé à vouloir être en mode découverte par terre.

La recherche a découvert que le développement du cerveau des bébés (liaisons entre les neurones) se fait, entre autres, grâce au toucher et à la stimulation tactile. Un bébé qui est traîné sur sa maman reçoit ces stimulations en ayant le mouvement du corps de la mère (qui se penche, qui marche, qui tourne) et développe du coup son orientation dans l’espace (système vestibulaire), ce qui prévient donc les déficits sensoriels. Les massages et les « tête à l’envers » de papa peuvent tout aussi bien faire la job.

La réponse finale? Vive la sensibilité parentale. Bon portage (ou pas).

 
ISABELLE CYR

Isabelle Cyr

Détentrice d’une maîtrise en psychoéducation, Isabelle Cyr accumule les formations centrées sur le développement psycho-affectif des enfants dont l’attachement, l’anxiété, les troubles de santé mentale pédiatriques et les pratiques de type systémique (familiale). Elle travaille depuis dix ans auprès des enfants aux prises avec des troubles multiples tels, troubles de l’attachement, TDAH, trouble anxieux, syndrome Gilles de la Tourette, opposition, etc. Elle œuvre également avec les familles pour les outiller dans leur rôle de parents. Elle occupe un poste de direction d’une clinique privée multidisciplinaire (CSPE de Beloeil). Elle s’implique également activement dans la reconnaissance de la psychoéducation au Québec. Conférencière et formatrice sur ses sujets de prédilection, elle s’implique grandement dans la vulgarisation du langage psychologique. En savoir plus…


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