La revanche de papa : mon garçon me fait honte

boy crying

C’est la partie de soccer hebdomadaire de mon garçon ce soir. Tu sais, le sport ennuyeux dans lequel il ne se passe jamais rien et dont tout le monde se fout en Amérique du Nord. Je vais aller le voir quand même. De un, parce qu’on m’a dit que c’est important pour lui d’avoir l’impression que je m’intéresse à ce qu’il fait mais de deux, parce que la mère du petit Léo-Arthur est devenue célibataire depuis quelques semaines. Je m’assois à côté d’elle à toutes les parties et je lui raconte ma vie. Elle m’écoute avec intérêt comme en font foi les « Ah oui? » sans vigueur qu’elle me lâche à chaque phrase que je prononce. Contrairement au soccer, la mère de Léo-Arthur m’inspire beaucoup d’action.

Cela dit, je vais voir mon gars jouer au soccer, mais j’ai honte. Il est MAU-VAIS! Mauvais comme si je mettais de la moutarde sur un foie gras poêlé; mauvais comme si je devais faire une thèse sur les quinze saisons de L’Auberge du chien noir; mauvais comme si je devais participer à un « trip à trois » avec Suzan Boyle et Donald Trump. Je prie et implore le seigneur pour que le ballon reste loin de lui. Ce n’est pas mêlant, quand il est impliqué dans une phase du jeu, je me cacherais six pieds sous terre.

Après lui avoir crié « Aweille, déniaise!! » toute la partie, l’arbitre met fin à mon calvaire de son strident sifflet et annonce la fin du match. Je vous assure que je ne l’emmène pas manger à la crèmerie du coin comme le font ses coéquipiers. Ça s’mérite une crème à ‘glace! De toute façon, ses coéquipiers doivent profiter de ce moment-là pour parler dans son dos. C’est même rendu que les parents n’osent plus me regarder dans les yeux et me fuient en raison des piètres prestations qu’offre mon empoté légitime sur le terrain.

Au retour vers la demeure, je le varlope solidement en raison des buts qu’il a causés. Je le conscientise sur le fait que s’il souhaite en faire une carrière un jour et empocher le gros salaire, il doit se ressaisir, se solidifier, faire un homme de lui. Son avenir, c’est important. C’est à ce moment que survient l’inimaginable. De sa petite voix presque inaudible, il balbutie qu’il n’aime pas tellement cette activité. Comme si cela ne suffisait pas, j’entends dans sa phrase suivante l’intérêt qu’il porte envers le patinage artistique et le ballet jazz.

Sur le coup, j’en perds presque le contrôle de mon véhicule. Mes mains crispées arrachent pratiquement le volant de son socle. Je me pince, je me martèle, je me brûle, je me rentre des cure-dents sous les ongles  afin d’être certain que je ne rêve pas! Comment peut-il me faire ça!? Ma descendance indécente! Mes gènes gênants! Mon héritier qui m’irrite! Mon hérédité qui s’effrite! L’idée du test de paternité surgit et je pense faire appel au spécialiste que mon ami avait consulté quand son fils lui avait annoncé qu’il aimait la claquette. Dire que j’avais ri de lui lorsqu’il m’avait confié cela à l’époque.

En arrivant à la maison, je cherche le numéro du notaire car je ne peux pas laisser sur mon testament une telle enflure. Ce serait comme envoyer des fleurs à son bourreau ou aller pelleter l’entrée du gars avec qui ma femme me cocufie. Cette nuit-là, je dors très mal. Assailli par des démons en lycra et en chaussons roses à lacets fins qui me font des «triple axel» et des «double boucle piqué» à répétition dans le visage, je me réveille en sueur constamment.

Après un long conseil de famille, nous décidons de retirer mon garçon du soccer, sport qui, moi-même à la base, ne m’interpelle pas. Les semaines passent et mon garçon change. Je ne le reconnais plus. Il prend confiance en lui, il s’affirme de plus en plus, il devient souriant, il s’exprime la tête haute en regardant les gens dans les yeux, son assurance et son estime grandissent. Je ne sais trop comment définir ce qui se passe en moi, mais une vive chaleur s’installe quand je vois la fierté qui l’habite d’être parmi les meilleurs de ces nouvelles disciplines… même si l’effervescence dans son regard n’a d’égal que la paillette de son costume.

Michael Melvin
MICHAEL MELVIN

Une réflexion sur “La revanche de papa : mon garçon me fait honte

  1. Cre-Jacky Répondre

    Trop drôle, Je suis pliée en deux! J’ai vécu la même chose avec mon fils au hockey… en revanche il a choisi de danser dans un ring de boxe a défauts qu’il est des cours de danse pour garçon dans notre région. Merci pour ce texte comic.

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