Ta maternité : apprends à déléguer

woman hand asking for help

Tu es une femme formidable. Une mère attentionnée. Une travailleuse acharnée. Une amoureuse comblée. Une ménagère méticuleuse. Une amante passionnée.

Tu frises la perfection, quoi.

Une vraie de vraie superwoman. T’as même pensé t’acheter un kit moulant bien scintillant pour aller avec le personnage que tu t’es créé.

Parce que oui, la mère, c’est un personnage que tu t’es créé. De toutes pièces. Un beau personnage de femme forte à qui tout réussit malgré les épreuves, les difficultés, les passes un peu plus rough. Toi, tu te tiens debout. Toi, t’es un roc.

Pis un beau matin, c’est arrivé. Le masque est tombé. Pis toi aussi, tu es tombée. De fatigue.

Après du repos, des larmes et beaucoup de réflexion, tu as décidé que tu ne resterais pas par terre. Tu allais te relever. Mais comment? La question à mille piastres.

T’as voulu essayer toute seule. Parce que t’en avais vu d’autres. T’étais une battante.

Mais dès que tu t’es remise sur tes deux jambes, tu as senti tes genoux flancher de nouveau. Cette fois-ci, tu devrais te rendre à l’évidence. Une évidence qui te rentrait dedans et qui te faisait mal à l’orgueil.

Tu n’étais pas capable toute seule.

Tu allais devoir demander de l’aide. Revoir tes priorités. Réajuster ta routine de vie. Apprendre à déléguer. Plus facile à dire qu’à faire, je te le concède.

Par quoi commencer?

Tu as débuté par en discuter avec des gens en qui tu avais confiance : ton homme, ta famille, tes amies. Plusieurs ont compris ta détresse. D’autres ont fait la sourde oreille. Tu as donc pris la décision de les écarter de ton quotidien pour un bout de temps. Tu étais déjà par terre; pas besoin de monde qui s’essuie les pieds sur toi en plus. Sage décision, la mère.

Entourée de quelques personnes aimantes et compréhensives, tu te sentais déjà un peu plus forte. Il fallait maintenant prendre ton courage à deux mains et oser demander ce dont tu avais besoin : de l’aide. Dire clairement ce que tu souhaitais que chaque personne fasse pour te soutenir.

Parce que tu sais quoi? Les gens, même les plus près de toi, ne lisent pas dans tes pensées. Surtout si tu es de celles qui n’ont pratiquement jamais demandé d’aide de leur vie. Ton chum pis ta mère, ils savent pas quoi faire au juste pour te venir en aide. Alors tu dois botter le derrière à ta gêne et être franche. Demande, c’est la seule façon de recevoir.

Tu as donc demandé. Au départ, très peu. Pas assez. Et parfois, tu t’es buté le nez à des refus. À des « ben voyons, une bonne p’tite nuit de sommeil pis tu vas t’en remettre! » À des visages exaspérés. Ça t’a un peu découragée.

Puis, tu as fait preuve de plus de fermeté, sentant que c’est ta santé mentale qui en dépendait. Tu as demandé à ton chum d’aller chercher le bébé quelques soirs par semaine à la garderie. Tu travailles autant que lui, pis vous l’avez fait à deux. Sur une belle lancée, tu lui as aussi demandé de préparer le souper s’il rentre à la maison avant toi puis de faire le taxi pour les cours des plus vieux. Pis de te laisser dormir le samedi matin. Je te félicite. C’est bien parti ton affaire.

Tu as aussi appelé ta maman à la rescousse. Tu avais besoin de support pour reprendre ton souffle, de quelqu’un qui puisse t’enlever un peu de poids sur les épaules. Tu lui as demandé de venir s’occuper des enfants pour la routine du matin, de te faire de la soupe, de vider le lave-vaisselle, de te plier une brassée. Toutes des tâches qui te paraissaient si simples avant d’être épuisée. Mais qui font toute la différence du monde aujourd’hui.

Pis tes enfants, eux? Tu sais, ces beaux petits monstres qui vivent sous ton toit et pour qui tu fais tout, tout le temps? Il était plus que temps que tu leur remettes un peu d’autonomie entre les mains. Les plus vieux prendront désormais l’autobus afin de t’éviter de faire une run de lait dans trois services de garde différents chaque matin de ta vie, multipliant les chances de te rendre à bout de nerfs dès 7h30. À ta demande, ils s’habilleront tout seuls, se laveront tout seuls, rangeront tout seuls, se serviront tout seuls. Tu te rends maintenant compte que tu aurais dû instaurer ça bien avant. Mais arrête de t’en vouloir, mieux vaut tard que jamais.

Maintenant, ma belle maman, il ne te reste plus qu’à accepter que tu es tout aussi formidable qu’avant. Mais que tu connais dorénavant tes limites.

Et ça va leur faire du bien, à tout ce beau monde-là, de te faire du bien à toi.

Tu le mérites.

Audrey Roy
AUDREY ROY

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