Je t’aimais tellement, oui, déjà

woman lying on bed depressed

Assise dans la salle trop lumineuse et bruyante d’une salle d’attente, je sais très bien ce qui m’attend et pourtant je suis là, pleine d’espoir. Je voudrais tellement me tromper, que mon corps n’ait pas failli. Et j’ai mal. Pas au corps, mais au cœur.

Je t’aimais tellement, oui, déjà.

Le personnel est froid et occupé, je ne devrais pas en faire une montagne.  Je n’étais qu’au début, j’ai la chance de déjà avoir une beau garçon en santé. Mais pourtant, dans mon cœur à moi, tout s’écroule. Je te voulais, je t’aimais et ce peu importe ce que la science aurait décidé que tu étais, peu importe le stade, le temps que tu as grandi dans  mon corps. Je te voulais.

Mon corps, je le hais, ce lâche qui m’a laissé tomber, qui t’a laissé partir. Je les sais déjà toutes les phrases qu’on va me servir. Les statistiques qui ne font que banaliser mon mal. Ces phrases toutes faites comme quoi c’est mieux ainsi, que tu aurais eu des difficultés. Mais si moi j’étais prête à ça, et si et si. Tu étais une idée, mon rêve et c’est comme si on  m’arrachait  ce rêve que j’avais commencé à goûter et chérir.

Mais mon corps, ce lâche, ne t’a pas retenu. Tu pars et outre le regard compatissant du docteur, il n’y à rien à faire, c’est fini. Et je repars avec ce trou que tu as laissé. Je ne peux pas parler, il n’y a pas de quoi se plaindre aux yeux de plusieurs. Mais pourtant.

Pourquoi doit-on minimiser ce deuil ? N’ai-je pas le droit d’avoir de la peine ? Je ne juge pas celles qui sont déjà prêtes à recommencer; pourquoi juge-t-on mon besoin de dire que j’ai de la peine, que je te voulais, que je t’aimais déjà, aussi petit que tu aies été.

On va recommencer. On va tenter d’en fabriquer un autre. Mais ce ne sera pas toi. Mais je ne t’oublierai pas, jamais. Tu m’auras appris dans ta si courte vie à ne pas juger le mal des autres, à me relever aussi et continuer malgré tout. Et je sais que de là-haut, tu veilleras sur nous, mon enfant, mon petit ange.

Je t’ai donné un nom, je t’ai dit au revoir, j’ai fait mon deuil, à mon rythme, à ma façon. J’aurai la chance de recevoir encore la vie dans  mon corps. Je te promets de l’aimer tout autant et de la chérir comme l’être unique qu’elle sera, comme un nouvel être empreint de lumière et d’amour. Un autre petit bonhomme pour qui je serai la mère, comme j’aurais tant aimé être la tienne plus longtemps.

Cyntia Dubé
CYNTIA DUBÉ

5 thoughts on “Je t’aimais tellement, oui, déjà

  1. Manon Répondre

    Merci pour ce beau texte. Je m’y reconnais totalement.
    Il y a presque un an je vivais exactement la même chose. Pour faire mon deuil j’ai lâché 3 ballons avec ma lettre pour mon ange. Car je n’étais pas prête à ça. Car j’avais besoin de lui dire au revoir. Il avait son nom. Et j’imagine qu’il veille sur nous. Sur son frère aîné et sur son petit frère à venir qui grandit dans mon ventre.
    Et même si le terme « théorique » du risque de perte est révolu, le risque zéro n’existe pas. Et je sais que je serais soulagée seulement le jour où il sera dans nos bras en bonne santé.
    J’aurais toujours une pensée pour mon 2ème garçon que je n’ai pas eu la chance de connaître.
    Merci

  2. Carole Répondre

    C’est magnifiquement bien exprimé….. Bravo à vous ! Ça résonne tellement fort chez moi ! Merci 😘

  3. Sandra Répondre

    Bonjour
    J’ai vécu 8 fois la même chose sans avoir de bébé ! 4 fausses couches et 4 grossesses extra-utérines et la dernière a faillit me coûter la vie, car ma dernière trompe a éclaté et j’ai fini avec une transfusion et une anémie bien marqué !! Je peux que comprendre tout ce que vous vivez…moi je n’aurais jamais la chance de porter un enfant …et ces 8 grossesses font partie de moi et personne ne pourra me faire oublier l’espoir que j’ai mis en chacune d’elle! Bon courage et bonne chance pour la prochaine grossesse.

  4. Martine Répondre

    Une fausse couche …. une grossesse à terme ( merci la vie pour ma belle grande fille qui a aujourd’hui 12ans ) et une grossesse ectopique …
    Jamais retomber enceinte après ca et je suis triste que mon conjoint qui n est pas le père biologique de ma fille ( mais qui est plus qu’un père pour elle) ne puisse pas connaître ce grand bonheur ….

  5. Lilie Répondre

    Merci pour ce texte où je me retrouve totale ment. Il y a 3 mois j ai dû faire un curetage à 12 sa suite au parvovirus qui a atteind mon bébé d amour.. son grand frère de 3 ans me demande où est sa petite soeur encore maintenant. Mon bébé tu me manques terriblement, même si pour certains cela est incompréhensible : mieux vaut qu il partemaintenant que dans quelques mois, vous en aurez d autres ( c est sûr on peut changee d enfant comme de chemises!!) Ect.. et bien non nous l aimions déjà et nous ne pourrons jamais l oublier.

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