Si on me l’avait dit avant d’être mère

woman with baby

La fin de grossesse, il n’y a rien de drôle à ça. Ça fait que moi, à trente-huit semaines, je sautais sur mon ballon d’exercice comme une déchaînée, je me faisais aller sur mon vélo de spinning en affrontant le regard curieux des autres spinneurs et je prenais ma marche quotidienne avec mon chien même à moins trois mille degrés dehors, en espérant que mon p’tit bonhomme sorte plus vite.

Parce que dans ma tête de mère en devenir, un coup l’accouchement fini, la grande aventure de la maternité serait aussi finie. Allez savoir pourquoi, moi je pensais que la maternité c’était être enceinte pis c’est pas mal ça. Le après, je ne m’y étais jamais réellement arrêtée. Parce qu’en fait, personne ne m’avait vraiment dit que ces neuf mois de grossesse-là ne seraient absolument rien comparé aux mois qui venaient ensuite. Et personne ne m’avait dit non plus que ce petit être sorti tout droit de mes entrailles deviendrait le centre de mon univers. En fait, on me l’avait dit, mais je ne croyais pas que ce serait à ce point-là.

Si on m’avait dit que quand j’irais magasiner pour moi, je finirais dans le rayon des bébés, puis que je dépenserais la moitié de mon budget vêtements pour SES vêtements, j’aurais dit « euh non, impossible ».

Si on m’avait dit que je me lèverais la nuit après trop d’heures de silence en ligne pour mettre mon doigt sous le nez de mon p’tit pour être sûre qu’il respire bien (ben oui, on le fait toutes), j’aurais dit « Ben voyons donc, MOI, je vais dormir à la place ».

Si on m’avait dit que je serais prête à payer mille piastres malgré  mon compte de banque dégarni par mon congé de maternité pour enfin dormir huit heures en ligne, j’aurais dit « T’es folle, mille piastres, c’est quasiment un voyage dans le Sud! ». Ben c’est ça. J’aurais aimé mieux une nuit de sommeil réparateur qu’une semaine dans le Sud.

Si on m’avait dit que la première fois que mon bébé déciderait de la faire sa fameuse nuit de huit heures sans réclamer à boire, je me réveillerais à deux heures, trois heures et quatre heures en me demandant comment ça se fait qu’il se réveille pas; j’aurais même pas osé y croire une minute.

Si on m’avait dit que je serais mère poule à ce point-là, j’aurais pas voulu me regarder dans le miroir et le croire, alors que pourtant…!

Si on m’avait dit que je prendrais plaisir à laver ses vêtements minuscules dans du Ivory Neige et à les plier soigneusement dans ses petits tiroirs en souriant, j’aurais dit « nope!! Du lavage, ça fera jamais partie des joies de mon quotidien ».

Si on m’avait dit que j’aurais pris volontiers sur mon visage l’acné du nourrisson de mon fils, j’aurais hésité en pensant à mon égo de femme qui a drôlement pris le bord quand je suis devenue mère. Ouais puis parlant d’égo… Si on m’avait dit que quand on recevrait de la visite, mon premier souci serait que mon gars sente bon et ait son plus beau pyjama sur le dos, alors que moi j’ai encore mon chignon dégueu sur la tête avec mon jogging, j’aurais eu de la difficulté à le croire.

Si on m’avait dit que son premier sourire me remplirait le cœur de bonheur et effacerait ma dette de sommeil de deux mille heures en deux seules secondes, j’aurais dit « je ne penserais pas non! ».

Si on m’avait dit que finalement, mon poids d’après grossesse, je m’en foutrais royalement et que ce qui m’importerait serait le poids que prend mon bébé, je vous aurais regardé de travers.

Si on m’avait dit qu’il y a des bébés qui dorment dans le lit de leurs parents (que ce soit quelques heures dans la nuit ou la nuit complète), j’aurais jugé l’acte en disant « ohhhh mon dieu, non, moi je ne ferai jamais ça ». Mais la première chose que j’ai su, c’est que c’est une solution pas mal parfaite de prendre ton p’tit puis de le faire dormir juste à côté de toi quand tu allaites. Pis, ben oui, j’aime ça sentir sa chaleur et je le fais en grande partie pour me faire plaisir à moi.

Pour terminer, il y a une chose qu’on m’a dite, et que j’ai ignorée. On m’a dit « tu ne pourras jamais réellement te préparer à avoir un enfant avant de l’avoir dans tes bras ».

Si j’avais écouté quand on m’a dit ça, j’aurais dit « Ouais… En effet! ».

Ariane Lepage-Hurteau
ARIANE LEPAGE-HURTEAU

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