Mon crash

woman lying on floor

C’est arrivé comme ça, sans avertir. Au beau milieu d’un vendredi après-midi sans histoire.

J’étais en congé, mon chum était à la maison, mes enfants riaient dans le salon. Tout était sous contrôle dans mon monde que je croyais quasi parfait.

Puis j’ai crashé.

De même. Juste de même.

Comme un avion qui s’écrase, j’ai crashé. Je me suis effondrée de tout mon long. Je me suis effondrée de tout mon être. Et je ne comprenais absolument pas ce qui m’arrivait.

Mon corps m’a lâchée. Mon cœur m’a lâchée. Ma tête m’a lâchée. Tous les trois, tout d’un coup. Comme un coup de masse dans le front qui m’aurait cassée en deux.

J’ai senti ma vie s’émietter devant moi. Comme des bouts de papiers déchirés qui partiraient dans une rafale de vent. Un grand coup de vent. Glacial.

Et je suis tombée. Par terre, la tête entre les mains. Je suis tombée de haut, d’un très haut piédestal de femme forte que je m’étais moi-même créé depuis des années. Et j’ai eu mal. Mal à mon corps qui tremblait. Mal à mon orgueil qui avait subitement sacré le camp.

J’ai pleuré. Longtemps. Trois jours et trois nuits durant, reprenant difficilement contact avec moi-même. Je m’en voulais d’être tombée. Je m’en voulais de ne pas comprendre pourquoi je n’avais pas su rester debout une fois encore.

La vie m’avait pourtant ébranlée plus d’une fois, sans jamais me faire fléchir les genoux plus que quelques secondes.

Mais cette fois-ci, j’étais incapable de me relever.

Mais qu’est-ce qui s’était passé au juste de différent en ce vendredi après-midi tout ce qu’il y avait de plus normal? J’avais un travail, un amoureux, des enfants en santé, une passion que je vivais au quotidien. Je me donnais à fond dans toutes les sphères de ma vie, et je me sentais accomplie.

Alors pourquoi avoir crashé de la sorte? Je me suis détestée, haïe. Je n’avais pas le droit de m’écraser sur le sol. Je n’avais pas le droit de laisser tomber ma famille.

Mais j’ai foncé dans un mur de béton armé. À 200 km/h. J’étais tellement habituée à vivre à cette vitesse folle que je ne voyais plus le danger que ça représentait. Mais le mur est arrivé vite. Et ça n’a pas pardonné.

Je suis tombée à l’arrêt. Ma tête a ordonné à mon corps de se figer. Comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton reset et que la console n’arrivait plus à se rallumer. J’avais surchauffé. Court-circuité. J’étais maintenant à off.

Je regardais ma vie de loin à travers mes larmes, souffrante comme rarement je l’avais été dans mon existence. Est-ce que je l’aimais vraiment, cette vie effrénée que je m’étais construite? Je me suis même questionnée sur l’amour que je portais à mes enfants. J’étais tellement épuisée que j’ai même cru un moment ne plus les aimer. Je me sentais vide.

Puis il y avait cet homme, devant moi, qui ne saisissait pas l’ampleur de ce qui se passait sous ses yeux. Mon homme. Qui me regardait avec ses yeux remplis d’incompréhension. Et j’ai voulu lui expliquer.

Lui expliquer quoi? Difficile à dire. Difficile à comprendre aussi, j’imagine. J’ai crié ma fatigue. J’ai hurlé mon manque de sommeil. Je l’ai supplié de m’aider. Je voulais qu’il me relève, mais il ne l’a pas fait. Je le sentais impuissant face à cette femme qu’il ne reconnaissait plus devant lui. Cette femme pleine d’énergie, cette femme forte sur qui reposait bien souvent le poids de la maisonnée. Mais cette femme venait tout à coup de s’écrouler sous tout ce poids, devant lui. Et lui non plus, ne l’avait pas vu venir, ce crash monumental.

Il a eu besoin de temps pour comprendre, et moi j’ai eu de la difficulté à comprendre qu’il ne comprenait pas ma détresse. J’avais besoin d’une épaule sur laquelle m’appuyer, et elle aura été longue à arriver. Mais elle est finalement venue. Après la colère et le désarroi.

Au bout de ces quelques jours dans le néant, étendue la plupart du temps dans un sommeil agité, la lumière est revenue. Discrète, diffuse. Mais ma vie s’est rallumée un peu. Pour cette fois-ci.

Je devrai maintenant ralentir. Pour ne pas m’éteindre encore une fois. Je ne pourrai peut-être pas renaître de mes cendres après un autre crash. Qu’adviendrait-il de ma famille si la prochaine fois, je m’écroulais plus longtemps?

Je sens encore le poids du monde sur mes épaules. Et je sais que ce sera à moi de m’en libérer, un peu à la fois, si je veux rester debout.

Car je dois rester debout. Pour eux, mais surtout pour moi.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

 


8 thoughts on “Mon crash

  1. Caroline Répondre

    Longtemps j’ai cherché les mots pour expliquer ce qui m’arrivait et c’est exactement ce wue vous avez décrit.

  2. Catherine Répondre

    Ayoye

    C’est fou comment tes mots veulent tout dire, tu décris exactement ce que j’ai vécu au mois de juin dernier.

    Merci

  3. Julie Répondre

    C’est en plein ca ! Merci de mettre les mots dessus

  4. Pauline Répondre

    c’est en plein ça mais je n’avais pas compris comment écouter mon corps je suis tombée à répétition avant de finalement ME choisir…

  5. Perles Pacifiques Le Blog Répondre

    J’ai aussi vécu cela, par deux fois. Ca m’a touchée que tu décrives précisément jusqu’à mon désarroi de demander au secours à mon mari sans qu’il ne fasse rien, sidéré, quasiment à m’en vouloir.
    Le jour où j’ai décidé d’arrêter de contrôler, et d’accepter le lâcher-prise, je n’ai plus eu peur de ce qui pouvait m’arriver. Je savais que la vie m’apportait ce qui pouvait me servir. Et j’ai bien l’intention de m’en servir, pour avancer vers du mieux, toujours du mieux, de la congruence avec moi-même. Bon courage à toi.

  6. Nathalie Répondre

    Oh combien vrai et ralentir est urgent moi ca fait 2 fois que je crash et jai seulememt compris la et pourtant jai ete hospitalise 2 mois la premiere fois.

    Bon soin pour toi de toi.

  7. Daniele Répondre

    Le premier crash à mon avis est une leçon qui doit absolument être acquise faute de quoi, on ne passe pas l’examen! Pour ma part j’ai pensé que tout avait été bien assimilé et que le cours était passé…
    C’est fou combien notre mémoire…et notre corps est en mesure d’oublier…oublier surtout la douleur!
    Quand on ne peut même pas sortir de la maison de peur de ne plus savoir où elle se trouve au retour….je dirais que le premier crash aurait dû être suffisant!…et bien non il en a fallu un deuxième pour que tout chamboule…enfin!

    Cette fois j’ai appris la leçon…je me remets mais c’est beaucoup plus long que la première. Voilà 6 ans que j’y travaille et il y a des jours où j’ai l’impression que c’était hier. La différence aujourd’hui c’est qu’on en parle…et on n’a plus l’impression de souffrir dans un trou profond…seule. Reste que la réalité peut parfois nous éblouir alors il est important d’avoir de l’aide de nos proches et surtout, important qu’ils comprennent qu’il faut s’aimer AVANT eux maintenant!

    Bon courage à toi!

  8. Nathalie Répondre

    Merci beaucoup pour ce texte… c’est ce que je vis présentement…

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