Je sais que je suis grosse

woman with belly on couch

Je sais que je suis grosse.

Même si jamais tu ne m’as entendu aborder le sujet. Je le sais.

Même si jamais je n’ai porté de jugement sur le surpoids d’une autre fille. Je le sais.

Je le sais lorsque je me regarde sur mes photos, pour le peu qu’il y a de moi, dans l’angle que je prends lorsque je prends la pose, du cadrage que j’impose pour cacher certaines parties. Des filtres que j’ajoute et de celles que je choisis de partager. Combien j’en ai supprimées ou même cachées. Vive l’ère numérique pour pouvoir recommencer.

Je le sens dans le regard des autres, au restaurant si je choisis ce jour-là, délibérément de manger moi aussi un plat qui n’est pas considéré comme santé. Je m’autoflagelle assez moi-même de le faire. Dans le regard de mes amis lorsque je refuse de mettre mon maillot et de me baigner moi aussi.

Je le ressens lors de ma visite annuelle avec mon médecin, qui elle m’encourage et me supporte, mais qui, je sais bien, se doute que ma motivation et mes efforts n’égalent jamais la conviction de mes résolutions lors de nos discussions.

Dans mes vêtements aussi, lorsque je ne me sens pas irrésistible et que je voudrais porter du 7 ans, que la seule gamme qui m’aille bien n’a pas les coupes désirées et que, peu importe la couleur ou le tissu choisi, je ne pourrai duper personne sur le poids que j’ai repris.

J’ai mal de me voir non pas juste ronde, mais pas en forme. Je m’inquiète de ma santé et je suis fâchée de ne pas parvenir à perdre du poids. Je pourrais vous dire que bien de mes amies mangent plus mal que moi et n’engraissent pas, c’est vrai. Ou que pourtant, je mange mes rations de fruits et légumes recommandées, que je bois très peu d’alcool, que le pain brun fait partie de ma vie depuis plus de dix ans et que je cuisine maison tous les jours, c’est vrai.

Mais la vraie raison de mon surpoids est que je n’ai aucune excuse. Je ne mange pas toujours bien, je suis gourmande et casanière. Y’a pas d’autres fucking raisons. Je déteste de plus, tout sport et activité physique, même si j’en sais les bénéfices.

Je déteste, non j’haïiiis viscéralement le sport; j’exècre les activités qui impliquent de bouger et je me trouve mille et une raisons pour ne pas aller m’entraîner.

Et ça me tue en dedans, autant physiquement que moralement. Parce que j’aimerais moi aussi être celle qui initie de sortir et qui adorerait aller courir. Mais j’aime pas ça, et ça, ça ne se dit pas.

On ne peut pas dire qu’on n’aime pas le sport et qu’on est gourmande. Le jugement est facile, surtout celui des femmes, et te frappe durement : bouge et mange moins la grande!

Je tente donc, avec les années, de trouver ce qui me peut me motiver. Danser dès que je le peux, marcher en forêt et mieux m’alimenter. Cuisiner le plus possible, et ajouter des aliments inusités, peu caloriques et santé au menu familial.

C’est un travail sur soi qui prend de la volonté et des efforts au même titre qu’une dépendance. Mais surtout un vouloir que mes enfants soient conscients de l’importance de tout ça et qu’ils n’aient pas à vivre cela. Je veux qu’ils soient bien dans leur peau, confiants aussi, mais surtout qu’ils puissent ouvertement parler des tabous de notre société dont le surpoids fait partie.

Donc, tant mieux si ce que tu vois en moi, c’est une fille bien dans sa peau, sûre de soi et peut-être belle pour toi.

Mais, derrière cette façade se cache une fille qui pleure parfois de ne pas être comme toi.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

Une réflexion sur “Je sais que je suis grosse

  1. Julia Gulia Répondre

    Exactement ce que je vis… merci de partager, je me sens un peu moins seule…
    j’aimerais être celle qui commence un sport et qui l’aime tellement qu’elle le fait tous les jours et y prend un réel plaisir… mais non, je ne suis pas ça…

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