Jouer avec le feu

fire

Parfois, je me demande si toi et moi, on aurait pu être un couple solide et fonder une famille ensemble.

Mais je ne le saurai jamais, parce que je ne t’ai pas choisi.

T’en souviens-tu? On était jeunes, j’étais innocente. Pas toi. J’avais envie de plonger dans ton regard ardent. Mais le feu dans tes yeux brûlait trop fort. Tes mains sur mon corps aussi. J’ai eu peur. T’en es-tu aperçu? Ou tu t’en es foutu? Après, je n’ai plus voulu te revoir. Car je ne savais pas si tu saurais encore t’arrêter avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

Mais à force de fréquenter le même monde dans les mêmes places, nos chemins se sont croisés à nouveau quelques années plus tard. Toi, t’avais pas changé. Moi, j’étais beaucoup moins innocente. Ça fait que pendant une couple de semaines, sous prétexte d’être des « amis », on a flirté comme c’est pas permis. Chaque fois que je sortais, j’espérais secrètement tomber sur toi pis ton maudit regard, encore. Parce que t’sais, entre temps, j’avais appris à jouer avec le feu : c’était même devenu ma spécialité. Et j’avais gardé en tête ce vieux souvenir de toi qui me pressais trop fort, alors j’ai voulu te faire payer, te séduire, juste pour voir jusqu’où tu irais, cette fois.

Pis c’est là que tu m’as prise par surprise. Finalement, t’avais peut-être un peu changé, parce que ta déclaration d’amour, je ne l’ai pas vue venir pantoute. Pis si j’avais écouté mes tripes, à ce moment précis, j’aurais flanché. Juste pour que tu continues à me regarder comme tu le faisais. Juste pour continuer de sentir la braise en dedans de moi à chaque fois que je pensais à toi. Juste pour qu’on se consume encore, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de nous. Que la cendre de nos cœurs qui s’emballent.

Sauf que j’ai pas été capable. Parce qu’une passion dévorante, ça tue par en dedans. C’est pas ça, l’amour. L’amour, c’est faire confiance. Pis toi, ben j’avais aucune confiance en toi. Parce que peu importe où t’étais rendu dans ta vie, tu seras toujours pour moi le gars qui s’est montré trop insistant. Pis l’ombre de la peur, ça peut être ben excitant pour un thrill de jeunesse, mais pas pour bâtir une relation remplie de tendresse.

Alors, en me pilant sur le cœur, j’ai passé mon chemin. J’ai rencontré un homme droit, honnête, aimant, qui n’aurait jamais tripoté une fille contre son gré, même à quinze ans. Et malgré mon bonheur de mère et d’amoureuse, parfois, je me demande si ça aurait pu marcher, nous deux. Pis j’essaie de m’imaginer ce que tu es devenu. Mais au fond, je veux pas vraiment le savoir. Je préfère te garder dans un petit coin de ma mémoire, là où ton regard brûle encore pour moi quand j’en ai envie.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

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