Ode à la mère de multiples

twins in bed

On le sait tous, avoir des enfants est une grande décision qui demande des sacrifices et des ajustements, de la patience et du dévouement. Mais vient un jour où toutes ces choses comptent moins que le bonheur d’avoir un enfant. Alors on se jette à l’eau et on tente le tout pour le tout. On fait un enfant.

Mais toi, quand le miracle s’est produit, ça ne s’est pas passé comme les autres. Sur le petit écran archaïque aux couleurs monochromes, le médecin, tout autant surpris que toi, t’a annoncé que là où il devait y avoir un cœur, il y en avait plus qu’un. C’est là, à ce moment précis, qu’a commencé ton épopée. Quand les cœurs dans ta bedaine se sont soudainement multipliés.

Tu t’es demandé si c’est toujours ça que tu voulais. Si t’avais pas envie de revirer de bord. Parce qu’on s’entend que ça ne faisait pas partie du plan d’origine.

Tu te demandes jusqu’où se rendra ta grossesse pendant que ton ventre s’étirera jusqu’à devenir une fine couche translucide qui va retenir ta marmaille. Tu te demandes comment tu vivras ça, de ne jamais te sentir seule, d’avoir toujours quelque chose qui bouge, qui grouille et qui s’accote sur tous les bords ton corps. Tu te demandes comment tu vas vivre et supporter les jugements et les commentaires de tout le monde. Comment tu vas te préparer à recevoir tous tes bébés en passant par le nombre de cache-couches, de chaises hautes et de bancs d’auto qu’il va falloir prévoir, de ladite auto qu’il va falloir changer et j’en passe

Je t’écris parce que je pense à toi et à toutes celles qui ont eu des grossesse multiples. Je te trouve incroyable. De changer trente couches par jour, d’utiliser le mouche-bébé quarante fois en ligne pour cause de rhume qui les a tous contaminés et de préparer autant de biberons en une journée que je le fais en une semaine. Tout ça, en me parlant encore et encore de la chance que tu as, comme si ton coeur avait été remplacé par un autre plus grand, plus fort et prêt à tout à la naissance de tes p’tits. Toi, ton homme pis la ribambelle de marmots pour qui vous êtes prêts à tout. Tout ce qu’il y aura de répétitif dans l’exigeant mais aussi dans le merveilleux. Vous n’êtes plus une équipe normale, vous êtes une armée, unie, qui devient plus forte chaque jour.

On dit souvent qu’il n’arrive rien pour rien dans la vie et que les choses sont bien faites. Du plus profond de mes tripes, je pense que ce miracle, parce que t’as décidé de le voir ainsi, n’aurait pas pu mieux tomber. Que ces petits êtres incroyables ont eu la chance de s’introduire dans la famille qu’il leur fallait.

J’admire ta résilience, ta capacité à prendre un moment à la fois, à voir le positif même dans les moments d’inquiétude, à profiter de chaque instant avec eux. Quand j’en parle autour de moi, on me dit que si j’avais été à votre place, j’aurais pas eu le choix et que j’aurais appris. Je trouve ça injuste et faux, non pas parce que je suis une mauvaise mère, mais il y a un petit quelque chose dans votre famille, dans votre capacité d’aimer vos p’tits qui n’appartient qu’à vous. Quelque chose de fabuleux et d’unique.

Et il y a de quoi souligner la famille extraordinaire que vous êtes et c’est un honneur de vous côtoyer et de voir grandir avec forces tout plein de petits adultes de demain.

Cyntia Dubé
CYNTIA DUBÉ

14 thoughts on “Ode à la mère de multiples

  1. Anna Répondre

    Merci. Vraiment. J’ai un garçon de 4 ans et des filles de 15 mois. Les 2 grossesses étaient voulues et prévues mais le « coup double » pour la seconde non. Ça a été un choc, un mélange de peur, d’angoisse et d’excitation.
    Aujourd’hui, j’ai « survécu » à cette première année. Et c’est encore dur, mais je vois de plus en plus de choses chouettes que je n’aurais pas eu le plaisir d’observer avec un singleton.
    Twins power!

  2. Marie-Claude Répondre

    Wow! Quel beau texte! Tout est vrai, sauf pour les biberons, je n’en ai pas lavé/préparé un seul. Par contre j’en ai lavé des couches 😂😂

    Ce n’est pas facile, mais le positif vient en double aussi, c’est ce qui nous permet de relever nos manches et de continuer!

  3. Nadj Répondre

    Merci Madame.

  4. Patricia Répondre

    Merci pour ce magnifique texte! J’ai pleuré en le lisant. Mais ce sont des larmes de bonheur. Le bonheur d’avoir 4 beaux enfants (jumeaux de 3 ans) et ce, en pleine santé 🙂 Le lâcher prise a prit tout son sens avec l’arrivée des jumeaux…

  5. Mélissa Répondre

    Merci pour ce beau texte. C’est littéralement un baume au cœur!

  6. Pascale Répondre

    Merci pour ce texte, avec mes petits jumeaux (garçon et fille) de 3 mois…je suis en plein dans le sujet, surtout en ce qui a trait aux biberons (22 par 24 heures) et aux paquets de couches (sérieux je les comptent plus 😉 et les 3-4 réveilles nocturnes (quand ça va bien!;) Mais c’est tellement d’amour 🙂 Par contre on se le cachera pas…a l’annonce ça été un gros choc… et il m’arrive de penser qu’il aurait été plus simple d’en avoir juste un…mais j’ai juste à les regarder et je comprends que non…il ne pouvait pas en avoir « juste un »!!

  7. Twins And Us Répondre

    Merci infiniment pour votre très joli texte, c’est rare de lie autant d’émotion sur notre vie de parents de jumeaux ❤️

  8. Marie-Josee Répondre

    Merci pour ce texte. On ne se le cachera pas, avoir des jumeaux (ou des triples): c’est mega intense! Je suis la mère de jumelles de 18 mois et quand on m’a annoncé que j’allais avoir des jumeaux (et non pas un petit bébé) , j’ai capoté, ma vie a bousculée. Ça m’a pris un bon 6 semaines pour m’en remettre.
    Ça l’a pas été facile les premiers mois: les couches, les biberons, le lavage, le manque de sommeil, l’impression de toujours courir…disons que ça prend un bon sens de l’organisation! Des fois, je trouve que la vie des mères qui ont seulement un bébé est sans doute plus simple mais jamais je ne changerais ma vie.

  9. lulelove Répondre

    Merci pour ce beau texte, un court résumé des millions de pensées qui ont parcouru mon esprit. Je suis maman de triplés (2 garçons et une fille) de 5 ans maintenant (déjà) et au quotidien j’oublie souvent la particularité de notre famille car je n’ai rien vécu d’autre, mais tout mon entourage me le rappelle à chaque question ou commentaire empathique (parfois déplacé) .
    Nous sommes chanceux, nos enfants sont heureux et en santé, mon couple à changé mais il s’est renforci et je m’en réjouis tous les jours! Merci d’avoir trouvé les mots justes.

  10. Nad Répondre

    Merci pour ce joli texte… je me reconnais rarement dans ce genre de texte parce que j’ai tout de suite été folle de joie d’apprendre que j’étais enceinte de jumelles, et je n’ai pas eu tellement d’appréhension, mon mari non plus….
    Mais là, je suis émue par la deuxième partie…oui, je considère que c’est un miracle d’avoir la chance d’avoir des jumelles…mes filles viennent d’avoir 15 mois et je suis comblée de bonheur, et même pas trop fatiguée 😉

  11. Céline G Répondre

    Merci de ces quelques mots qui m’ont vraiment touchés. Je n’ai pas coutume de laisser de commentaires mais je crois que c’est l’un des rares texte que j’ai lu qui exprime avec autant de pudeur et de justesse notre « particularité ». Merci de votre bienveillance et enfin, merci de penser qu’ils nous ont choisis. Bien à vous. Une maman de Jumelles.

  12. Deschamps Répondre

    Merci de ce texte, il met du baume au coeur. C’est effectivement notre vie. Certes elle est bien remplie mais on ne s’en rend pas compte, pour nous autant de couches, biberons, reveils et changes, c’est normal.

  13. Aurélie Huchet Répondre

    Merci pour ce texte magnifique qui représente tellement ce que je vis actuellement. Maman de 2 garçons nés en octobre dernier, j’ai connu ce moment où le gyneco annonce qu’il y a deux petits coeurs qui battent, se demander jusqu’à quel point un ventre peut grossir et espèrer aller le plus loin possible dans cette grossesse puis la naissance et ses joies, ses peurs… Et j’en passe je pourrais tant en dire.
    Alors merci.

  14. Dreamteam Répondre

    Merci pour ce joli texte plein de bienveillance envers nous. il y a beaucoup de vrai dans ce que vous dites, et il est vrai que parfois c’est difficile de rester positive face aux disputes et cris, mais quand on voit leur complicité tout s’efface… je pense effectivement que nos coeurs ont grossi autant que notre ventre 😉 je suis maman d’Aurore mon aînée et puis de 3 garçons de 5 ans.

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