Lettre à la planète

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Tu en arraches, ça ne date pas d’hier. J’ai trente et un ans et on m’en parle depuis que je suis haute comme trois pommes. Combien on t’a maganée, combien on t’a brisée. Le trou dans la couche d’ozone pis toute. Ça m’a pris du temps pour réaliser à quel point tout ça était vrai. Depuis, j’ai radicalement changé plusieurs de mes habitudes pour t’aider à reprendre le dessus. On dit que ce sont les petits gestes qui comptent, mais les miens, on dirait bien qu’ils ne suffisent pas.

Ma belle planète, tu m’inquiètes. Je lis, j’écoute les nouvelles, et les scénarios sont tous plus épeurants les uns que les autres. On a le choix de croire que l’humanité t’a scrapée et qu’il est trop tard, ou que tu ne fais que suivre ton cycle normal et qu’on n’y peut rien non plus. On dit que tu vas survivre, mais pas nous. On dit que notre temps est compté.

J’ai peur pour l’avenir. Peur que mes enfants soient les derniers à connaître la vie telle qu’on la connaît. Peur que même eux n’aient pas cette chance. Peur qu’un jour prochain, l’eau potable ne coule plus pour eux dans le robinet. Que le simple fait de respirer du bon air soit devenu une incertitude. Peur que plus une crème solaire ne puisse leur permettre de profiter des doux rayons du soleil devenus trop brûlants. Mes bébés, la chair de ma chair, passeront-ils leurs vieux jours sous un dôme pour se protéger d’une Terre devenue impropre à leur survie? Te quitteront-ils à bord d’une capsule spatiale en attendant qu’on trouve une solution à la survie humaine? On dirait un film de science-fiction, n’est-ce pas? Mais honnêtement, je ne sais plus. Je ne sais plus qui croire, quoi penser, quoi faire.

Ma belle planète, j’ai un service à te demander. Un truc ben égoïste. Tiens bon, ok? S’il te plait! Pas indéfiniment, je sais que je ne peux pas te demander ça. Juste quatre-vingts, quatre-vingt-dix ans, c’est rien dans la vie d’une planète, ça, right? Juste le temps que ces petits humains que j’ai mis au monde puissent profiter de la vie que j’ai si ardemment souhaitée pour eux. Après, s’il faut que tu t’embrases, que tu imploses, que tu sonnes le glas, ben ainsi soit-il. Je ne peux pas espérer sauver l’humanité entière et les générations futures avec mes prières.

Mais pour mes enfants, maudit que je suis prête à essayer.

Ma belle planète, tiens le coup, je t’en supplie. Juste encore un peu.

Mélissa Brassard
MÉLISSA BRASSARD

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