Ta petite robe noire

woman put Nylon stockings

Elle t’allait à ravir, ta petite robe noire. Tu l’avais achetée à ta boutique préférée il y a de cela quelques années déjà. On aurait dit qu’elle avait été fabriquée pour toi, moulante aux bons endroits, un décolleté parfait montrant juste assez le galbe de ta poitrine encore ferme. Tu l’avais payée cher pour une occasion spéciale. Tu t’étais bien maquillée, bien coiffée et tu avais mis tes souliers à talons vertigineux qui te font si mal, mais ton troisième cocktail allait soulager ta douleur. Tu avais reçu une multitude de compliments sur ta beauté, ton élégance et sur ton sex-appeal. Tu les acceptais timidement, les compliments, mais intérieurement, tu en étais bien fière. Tu avais même pris quelques selfies dans ton grand miroir, tu les avais postés sur ton compte Instagram et les «j’aime» n’avaient pas tardé à s’accumuler.

Puis, après avoir fait nettoyer ta petite robe, tu l’as mise dans ton placard en pensant la remettre prochainement, lors d’une autre sortie.

Un, deux ou quelques enfants plus tard, est venue cette ultime invitation, celle que tu ne pouvais pas refuser, forcée d’admettre que ça te ferait peut-être du bien, une petite soirée pour toi. Par manque de temps, d’argent ou par oubli, tu n’es pas allée magasiner et tu t’es retrouvée paniquée devant ta garde-robe le jour même. Ta petite robe noire était encore là. Elle t’attendait dans l’ombre, comprimée par les vêtements mous et confortables.

Tu décides de l’essayer comme tu n’as, de toute façon, rien d’autre à te mettre. Le reflet que te renvoie le miroir ne te plaît pas du tout. Tu focusses sur le bourrelet jadis inexistant qui déborde à droite et sur le décolleté qui ne fait plus aussi bien qu’avant puisqu’il n’a plus aucun galbe à dévoiler.

En sortant de ta chambre, essayant de cacher tes larmes et ton découragement, ton chum te regarde avec son plus beau regard amoureux en te disant que t’es vraiment belle et tes enfants arrêtent quelques secondes leurs activités pour te regarder en murmurant que tu es la plus belle maman du monde.

Tu retournes dans ta chambre, plus sûre, plus confiante et presque satisfaite. Ton charisme est devenu ton accessoire principal et il t’accompagnera pour la soirée.

Et comme il y a des choses qui ne changent jamais, après ton troisième cocktail, la douleur de tes talons s’envole et tu te mets à danser.

Si seulement tu voyais tous les regards qui se posent sur toi, ceux qui admirent la femme charismatique, bien dans sa peau, belle et pleine d’assurance que tu es devenue. Mais tu ne les vois pas. Parce que tu danses et tu ris.

Danse jolie maman, danse.

Le reste, pour le moment, n’a aucune importance.

Karine Pilotte
KARINE PILOTTE

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