T’es hormonale

woman sobbing

À c’t’heure que t’es maman, tu dégoulines d’émotions. T’es hormonale.

Ça a commencé insidieusement. Il t’a semblé que les enfants étaient devenus moins bruyants. Ou plus attachants.

Tu t’es lancée dans l’aventure, et alors que le fruit de tes entrailles prenait de l’expansion, tu t’es mise à couver du regard tous ceux qui croisaient ta route. Comme ils étaient beaux. Les petits joufflus, les grandes échalotes, les rouquins à lunettes, tu les aurais tous sans exception pris sous ton aile. Tu voyais la beauté en chacun. Tu venais d’être frappée de plein fouet par l’instinct maternel. Ce même instinct qui allait faire en sorte que tu trouves la chair de ta chair exceptionnelle. À tout moment.

Après avoir mis bas, tu t’es mise à te sentir investie de la mission de prendre soin des autres. Tu te retiens à deux mains de ne pas faire la morale aux ados que tu croises dans la rue qui ne sont clairement pas assez habillés pour la saison. Tu spottes aussi tout de suite l’enfant qui semble le moindrement égaré au centre d’achats . Viens chaton, la madame va t’aider.

Même si tu as les seins secs depuis trois ans, si tu as le malheur d’entendre un bébé pleurer dans un rayon de cinq kilomètres ou si tu vois une chatte avec sa portée de minis, tu ressens encore ce bon vieux picotement dans les seins qui te rappelle par où t’es passée.

T’as beau avoir conclu avec l’homme que ta famille est finie, aussitôt qu’un p’tit neuf se love dans tes bras, recroquevillé en p’tite boule chaude d’amour, tu sens tes ovaires qui frémissent, ça te prend au coeur et t’as le goût de recommencer. De revivre ces moments qui passent à la vitesse de l’éclair.

T’es déjà prête à choisir un prénom, mais prends le temps de regarder la face de ton chum, parce que lui y en a pas d’ovaires. Pis c’pas un hormonal comme toi. Damn it, l’appel est rejeté.

Surtout, regarde pas la télé. Tu seras plus jamais capable de voir une alerte AMBER sans feeler tout croche pendant un mois. Et tu peux retirer canal D de ton forfait télé. Le contenu ne s’adresse plus à toi. Il te reste les documentaires animaliers. Tu penses que c’est un terrain neutre, mais détrompe-toi. Maintenant, les animaux filmés ont des noms et une histoire et avant même que tu ne l’aies réalisé, tu va te surprendre à avoir les larmes aux yeux un dimanche soir en te demandant si le pauvre petit manchot a finalement retrouvé sa mère. S’il réussit, tu auras une chance de bien dormir. Peut-être. Ou pas.

Parce qu’être une maman hormonale, c’est aussi être insomniaque en t’inquiétant pour ton petit monde.

Annie Fréchette
ANNIE FRÉCHETTE

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