À toi, la femme sans enfants : l’appel de la maternité

young girl relaxing on couch at home

À toi, la femme sans enfants,

Je sais que bien des femmes se sentent prêtes à devenir mère à un très jeune âge, que la maternité était ancrée en elles et que rien n’aurait pu faire dévier leur voie de cela. Mais pas moi.

J’étais celle qui, adolescente, détestait garder des enfants, mais le faisait parce que c’était payant. Celle qui, devant un bébé, perdait tous ses moyens et regardait ceux-ci presque avec dédain. Pas que je ne les trouvais pas beaux ou attachants. Mais ils me faisaient peur et me déstabilisaient.

À l’âge adulte, j’étais celle qui ne s’extasiait pas devant le nouveau-né de son amie, qui allait jaser avec les gars au salon pendant que les mères discutaient d’allaitement et d’enfants à la cuisine. Mon dieu qu’elles m’ennuyaient.

Je fuyais aussi toutes les fêtes familiales où l’enfant était le centre d’attention, j’exécrais viscéralement ces occasions. Les soupers avec un couple d’amis dont les enfants y étaient aussi étaient un supplice. Je leur faisais les gros yeux en cachette pour qu’ils cessent de me donner des coups de pied en dessous de la table.

Lorsque je sortais dans les lieux publics, j’étais celle qui jugeait la marmaille des autres et la façon de l’éduquer ou de la reprendre, celle qui se disait « moi, je ne ferais pas comme ça » et qui regardait les autres de haut.

Je ne m’attachais à aucun enfant, donc j’ai pris pour acquis que la maternité n’était pas faite pour moi.

Puis j’ai rencontré celui qui m’a donné envie d’avoir un enfant. Il en voulait quatre. Ouach.

Et pourtant, la vie m’a finalement donné deux beaux enfants.

Maintenant, lorsque je discute avec des mamans, je me surprends parfois à raconter mes deux accouchements. Je n’ai pas été la pro de l’allaitement, mais j’ai tout essayé pour réussir à passer à travers les deux mois préconisés. Mais mon dieu que j’ai détesté le manque de sommeil et les mille et un réveils par nuit. Je lève mon chapeau à celles qui en ont plus que deux et qui ont encore de l’énergie.

J’ai fait mes purées, mais j’ai aussi parfois triché en achetant des pots tout fait et en sautant les étapes d’introduction des aliments.

Je me suis aussi cachée quelquefois (souvent) dans le garage pour pleurer. Pleurer mon inexpérience, mes fautes et le lien d’attachement qui a pris du temps à venir. Pleurer en me demandant dans quel guêpier je m’étais fourrée et pourquoi mon enfant ne voulait pas dormir. Pleurer de voir que les autres l’avaient plus facile.

J’ai attendu avant de les emmener au restaurant par peur du jugement des autres, puis j’ai lâché prise et les ai traînés en faisant des choix éclairés.

Aujourd’hui, j’affiche un regard compatissant lorsque je vois une maman serrer les dents quand son deuzans lui fait une crise en plein centre de l’allée du supermarché. Je ne porte plus de jugement parce que je sais que cette maman fait de son mieux, qu’il y a sûrement aussi beaucoup d’autres irritants à la maison et que même si elle achète parfois la paix, je pourrais difficilement mieux la comprendre.

Je n’invite plus des couples sans enfants à souper puisque je me revois en eux lorsqu’ils s’impatientent quand l’un de nos enfants veut nous montrer son spectacle ou nous poser une question. De toute façon, ils ne partent plus avant onze heures et c’est trop tard. Et je veux pouvoir m’évacher sur le divan en mou sans aucune pudeur.

À toi, la femme sans enfants, sache que si tu penses un peu comme moi, il y a quelques années, je te comprends.

Mais sache aussi que la ligne est bien mince entre ta réalité et la mienne. Et que tu pourrais la franchir plus rapidement que tu ne le crois.

Julie Ducasse
JULIE DUCASSE

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